Qui s’instruit s’enrichit

De l’avantage d’enseigner aux employés à gérer leur argent.

L’une de vos employées, efficace et productive, a acheté sur plan un appartement en copropriété. En emménageant, elle a dû assumer des frais supplémentaires qu’elle a réglés par carte de crédit.

Elle a acheté de nouveaux meubles, également à crédit. Ses créanciers insistants, sa mère inquiète et son compagnon furieux l’appellent maintenant au travail. Elle a recommencé à fumer et passe ses nombreuses pauses à tousser, cigarette à la main. Votre employée n’est plus un atout pour l’équipe.

« Les questions financières ont des répercussions sur votre vie et sur l'ensemble de votre travail », affirme Judith Cohart, présidente d’une fondation américaine de formation en finances personnelles.

Sans en être responsable, l’employeur assume en partie les coûts occasionnés par un employé aux prises avec un problème d’argent. Selon une enquête de l’entreprise torontoise de formation Employee Financial Well-Being, le coût des problèmes financiers personnels au Canada s’élève à 51 milliards de dollars par année en perte de productivité.

Ce chiffre pourrait encore grimper, en cas de hausse des taux d’intérêt ou de nouvelle récession. Déjà, 63 % des Canadiens pensent à leurs finances plus qu’à tout autre problème, révèle une étude de BMO menée en 2013. Vous envisagez d’offrir un programme de formation en finances personnelles à votre équipe? Voici quelques faits sur les coûts des problèmes d’argent au travail.

Productivité

Selon Frank Wiginton, chef de la direction d’Employee Financial Well-Being et auteur de l'ouvrage How to Eat an Elephant: One Day a Month to Financial Success, les problèmes d’argent empiètent sur les heures de travail. L’enquête de M. Wiginton révèle que le quart des salariés canadiens éprouvent des difficultés financières et qu’ils consacrent 13 % de leur temps de travail à leurs problèmes d’argent, ce qui représente 250 heures par année en perte de productivité.

Les soucis financiers peuvent aussi nuire à l’efficacité. « À quoi pense, au travail, une personne qui a du mal à rembourser le solde de ses cartes de crédit et à payer un nouvel appareil de chauffage? », demande Jim Yih, du cabinet Financial Education in the Workplace, situé à Edmonton.

Absentéisme

Les problèmes financiers incitent les gens à s’absenter du travail pour rencontrer leur banquier, un médecin, un thérapeute, un avocat en divorce, etc. S’occuper d’un parent âgé qui n’a pas les moyens d’habiter dans une maison de soins infirmiers ou devoir refinancer un prêt hypothécaire sont autant de conséquences de mauvaises décisions financières. Le stress et les problèmes de santé physique ou mentale peuvent se solder par des congés de maladie de courte ou de longue durée.

Stress

« Selon les études et les enquêtes des 25 dernières années, les deux causes de stress les plus courantes sont le travail et l’argent », souligne M. Wiginton. (Un rapport de Statistique Canada publié en 2010 révèle qu’un salarié canadien sur quatre est stressé et que la deuxième cause en importance est la question des finances.) Un salarié stressé a du mal à bien travailler et risque d’éprouver des problèmes de santé physique et mentale ainsi que des difficultés dans ses relations personnelles (fréquentes disputes, divorce, problèmes avec les enfants, voire violence conjugale).

Maladie

« Pourquoi les gens se gavent-ils d’aliments réconfortants, manquent-ils de sommeil, consomment-ils de l’alcool ou fument-ils autant? », demande M. Wiginton.

À cause du stress, souvent attribuable à des ennuis financiers, divers comportements entraînent divers maux et douleurs, la prise de poids, le diabète, des troubles cardiaques et même le cancer. Un Canadien sur cinq éprouvera au cours de sa vie un problème de santé mentale (le plus souvent, il souffrira de dépression ou d’anxiété), et ce problème ne sera qu’exacerbé par les soucis financiers.

Déloyauté

« Quelle que soit la somme, il faut savoir gérer l'argent qu'on gagne », affirme Mme Cohart. Or, lorsqu’on peine à joindre les deux bouts, on peut inconsciemment en vouloir au patron.

Des employés mécontents, surtout s’ils se considèrent sous-payés, peuvent cumuler les retards au bureau ou devenir enclins à la négligence. Dans les cas extrêmes, ils imputent des achats personnels au compte de l’employeur, ou se mettent à voler. Mais plus généralement, ces employés consultent les offres d’emploi, même au bureau. « Si l’on a trois enfants, un prêt hypothécaire et une voiture à payer et qu’on se voit offrir un meilleur salaire par un autre employeur, on saisira l’occasion », observe M. Yih.

LES CANADIENS ET L'ARGENT

Nous avons tous du mal à gérer l’argent. Selon Judith Cohart, les Nord-Américains considèrent maintenant comme une nécessité de prendre chaque hiver des vacances dans le Sud et de rénover la cuisine. « Nous oublions qu’il importe autant de bien gérer ses finances que de savoir lire », soutient-elle. Aujourd’hui, les Canadiens doivent 164 $ par tranche de 100 $ gagnés. Une récente enquête de BMO révèle que 33 % d’entre nous comptent fortement sur le Régime de pensions du Canada (qui verse seulement 600 $ par mois) et que 34 % espèrent gagner à la loterie pour financer leur retraite. Voilà des chiffres inquiétants.

LANCER UN PROGRAMME D'ÉDUCATION FINANCIÈRE AU TRAVAIL

Aujourd’hui, environ 20 % des grandes entreprises nord-américaines offrent couramment des programmes favorisant la littératie financière, mais les petites entreprises ont du mal à trouver celui qui convient à leur budget. Mme Cohart a étudié ces programmes et constaté qu’ils favorisaient de meilleurs choix en matière d’argent. Si le programme est bien mené, les employés se sentent appréciés.

Il est difficile de cerner exactement le rendement du capital investi pour aider les employés à gérer leur argent, mais le facteur de satisfaction porte à croire que le jeu en vaut la chandelle. Vous pouvez demander une formation gratuite dans le cadre de votre régime de retraite ou de votre programme d’aide aux employés (PAE), ou auprès d’un planificateur financier de votre région.

Frank Wiginton émet une mise en garde : « Évitez de faire appel à quelqu’un qui vend un produit. » Assurez-vous que le spécialiste enseigne les finances en général, sans vanter un programme d’épargne-études afin de recruter des clients. « Il est difficile de modifier ses habitudes », observe Jim Yih.

Selon lui, les employés ne sont réceptifs à une séance d’apprentissage que si l’animateur présente une information de qualité de façon objective et divertissante.

Les petits fournisseurs de services de formation ou les spécialistes de l’enseignement des finances personnelles aux adultes devraient pouvoir offrir un programme à partir de quelques milliers de dollars par séance. En menant un programme deux fois par an pour informer vos employés, vous constaterez qu’il s’agit d’un bon investissement.

À propos de l’auteur

Diane Peters


Diane Peters est rédactrice indépendante à Toronto.

comments powered by Disqus

Faits saillants

Mettez vos connaissances à jour et élargissez votre réseau grâce à ce colloque à ne pas manquer (en anglais), qui porte sur les questions et tendances essentielles pour les membres des comités d’audit.

Dans votre entourage se tapit sûrement une personne surendettée. Si vous êtes observateur, vous reconnaîtrez l’un ou plusieurs de ces symptômes.