Les inégalités sont-elles un nouveau fléau mondial?

Nombre de gouvernements savent que l'impression qu'ils aident les riches, et non les pauvres, leur a presque coûté la défaite, et compromet la paix sociale.

Depuis la crise financière mondiale de 2008, les inégalités de revenu et de richesse occupent une place prépondérante dans les débats économiques. La question est soulevée aussi bien par les militants de gauche que par la communauté universitaire et les institutions économiques internationales centristes.

Le livre de l’universitaire français Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle, qui est devenu un best-seller mondial en début d’année, montre que les inégalités de richesse dans les économies avancées atteignent les mêmes proportions qu’avant la Première Guerre mondiale.

Les gouvernements de plusieurs pays, dont la France et le Chili, ont été élus dans un contexte de mécontentement général à l’égard de la répartition des revenus, considérée comme injuste, ainsi qu'à l'égard de l’inégalité des possibilités économiques. Nombre de ces gouvernements savent que l'impression qu’ils aident les riches, et non les pauvres, leur a presque coûté la défaite, et compromet la paix sociale.

Les discussions internationales portent notamment sur la part de revenu détenue par le centile supérieur. L’analyse est utile, mais elle semble révéler de l’envie. Or, la vaste majorité des personnes les mieux rémunérées sont des travailleurs acharnés, des entrepreneurs autodidactes et des professionnels assumant d’importantes responsabilités. Leur ascension s’est faite à la force des poignets et non grâce à une fortune héritée.

Toutefois, comme en témoigne la croissance anémique de nombreuses économies, les vagues de reprise ne profitent pas toujours à tous. Dans un contexte de faible croissance, beaucoup voient la répartition des revenus comme un jeu à somme nulle où le gain des uns se fait aux dépens des autres. Les inégalités se sont nettement accentuées dans de nombreux pays, dont la Chine, les États-Unis, l'Irlande et la Suisse.

Les causes de ce phénomène ne sont pas toujours évidentes. Dans les économies avancées, ceux dont l’emploi disparaît ou dont les revenus diminuent en raison du libre-échange ou de nouvelles technologies sont souvent les personnes à revenu moyen, et l’appauvrissement de la classe moyenne est perçue comme un signe d’aggravation des inégalités.

Par contre, ces mêmes facteurs ont facilité l’émergence d’une classe moyenne dans beaucoup de pays en développement. Ainsi, les inégalités nationales de revenu ont augmenté, mais celles entre pays riches et pays pauvres ont fortement diminué.

Des inégalités excessives au sein d’un pays peuvent nuire à sa performance économique à long terme. Mais des pays comme la Chine peuvent tolérer des inégalités croissantes à moyen terme afin de soutenir une économie dynamique qui génère de meilleurs revenus pour tous. Inversement, des mesures prises par des pays comme la France au nom de l’égalité, par exemple en ce qui concerne les impôts des mieux nantis, peuvent brider la croissance des revenus de l’ensemble de la population.

Soulignons que certaines économies avancées, telles que les pays nordiques, l'Allemagne et les Pays-Bas, ont enregistré une bonne performance économique ces dernières années sans grande augmentation des inégalités. Certains pays en voie de développement comme l'Inde et la Malaisie ont même réussi à stimuler la croissance économique tout en réduisant des inégalités traditionnellement fortes.

Dans plusieurs pays, la croissance des revenus due à l’esprit d’entreprise, à l’ouverture au libre-échange et à l’évolution technologique ne semble pas avoir augmenté les inégalités. Ces pays se soucient moins de montrer du doigt le sommet de la pyramide que de garantir des investissements et un bon enseignement publics, ainsi que de meilleures possibilités économiques à ceux du quintile inférieur.

Bref, le monde se concentre sur ce qui semble aller mal, mais il pourrait être utile de s’intéresser davantage à ce qui va bien.

À propos de l’auteur

Daniel Schwanen


Daniel Schwanen est vice-président adjoint, Recherche, à l’Institut C.D. Howe à Toronto.

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