Adieu vacances

Nombreux sont les voyageurs qui voient leurs vacances de rêve tourner au cauchemar à cause de nouveaux types d’arnaques visant les sites de location saisonnière.

En février, un couple de Vancouver a été victime d’un nouveau type d’arnaque visant les gens qui planifient leurs vacances.

Landis Warner et Geoff Graham comptaient se marier en été dans la vallée de l’Okanagan. Voulant y passer leur lune de miel, ils ont fait des recherches sur VRBO.com (Vacation Rentals By Owner), site international de location saisonnière soi-disant « le plus populaire aux États-Unis ». Le site propose plus d’un million de propriétés à louer dans le monde, dont plus de 8 500 au Canada.

Les futurs mariés ont trouvé une villa au bord d’un lac, l’endroit parfait pour célébrer leur mariage. « De plus, la maison avait une piscine et jouxtait un vignoble. Un endroit de rêve », a confié Mme Warner à CTV Vancouver.

Le couple a écrit au propriétaire et a accepté de virer 2 000 $ sur un compte à Londres. Peu après, il a reçu un contrat de location de quatre pages.

Trois semaines plus tard, Mme Warner a senti le sol se dérober sous ses pieds : les véritables propriétaires de la villa, qui avaient eu des problèmes avec leur compte, les informaient que la maison était déjà réservée aux dates souhaitées.

Quelqu’un avait manifestement piraté le compte des propriétaires sur le site de VRBO et arnaqué le couple. Landis Warner pensait pouvoir se détendre en attendant le mariage, mais son fiancé et elle ont dû se mettre à chercher un autre endroit pour leur lune de miel, comptant dès lors 2 000 $ de moins en poche.

En début d’année, un couple de retraités en Californie a été arnaqué de la même manière. John et Nancy Doner avaient commencé à planifier « le voyage de leur vie » à New York.

« Comme tant d’autres, ils ont consulté un site de locations de vacances, moyen de plus en plus populaire de trouver un logement luxueux à prix moindre, raconte une journaliste d’ABC News dans un reportage.

Après avoir cliqué sur plusieurs propriétés proposées par le site VRBO.com, les Doner ont reçu par courriel des renseignements concernant une propriété de New York inscrite sur le site RentalsFinder.com. On leur offrait un service de blanchisserie gratuit, la navette qui les menait de l'aéroport à la maison et même un rabais de 20 % sur le prix de location.

Comme dans le cas du couple de Vancouver, le « propriétaire » demandait aux Doner de virer le montant de la location sur un compte à Londres. Après le virement, ces derniers ont aussi reçu un contrat de location ainsi qu'un courriel de remerciement.

C’est par la suite qu’ils ont découvert l’arnaque : « Le site RentalsFinder.com a tout simplement disparu », a rapporté John Doner à ABC. Il s’avérait que c’était un faux site qui se servait des inscriptions du site de locations légitime.

Les Doner avaient été arnaqués. « L’adresse de l’entreprise figurant sur le contrat de location était celle d’une maison à Londres dont l’occupant n’avait aucun lien avec la propriété de New York, selon ABC. Les Doner ont constaté que l’appartement inscrit sur le faux site était une inscription légitime située dans un immeuble de luxe, mais que les propriétaires n’avaient pas reçu leur demande de renseignements. Selon ces derniers, ce n’était pas la première fois que ça arrivait. »

Dans ce reportage d’ABC, Chris Elliott, auteur et spécialiste des voyages, souligne qu’il a vu d’innombrables cas comme celui des Doner : « On m’en signale tous les mois, depuis au moins trois ans. »

M. Elliott connaît des gens ayant perdu plus de 10 000 $ dans une attaque d’hameçonnage. « Quand une personne se renseigne sur une propriété à louer en ligne, l’arnaqueur intercepte son message et lui envoie une offre sans que les propriétaires soient au courant, explique-t-il. Les victimes, ne se doutant de rien, effectuent un virement sur le compte de l’arnaqueur. »

Il existe d’autres genres courants d’arnaques qui visent les vacanciers. Ces dernières années, des fraudeurs ont ciblé les propriétaires de logements en multipropriété, autrefois populaires, cherchant à se défaire de ceux-ci.

En 2013, le magazine Forbes avait d’ailleurs averti ses lecteurs, surtout ceux dont les parents âgés possédaient un logement en multipropriété, qu’ils pourraient être la cible de fraudeurs. « Ces imposteurs demandent une commission pour présenter un prétendu acheteur ou locataire, puis refusent de rembourser la somme ou disparaissent », peut-on lire dans le magazine. Souvent, un inconnu appelle le propriétaire d’un logement en multipropriété et prétend avoir un acheteur à lui présenter, en contrepartie d’une commission payable d’avance, ce qu’aucun courtier légitime ne ferait.

En juin 2013, la Federal Trade Commission des États-Unis (FTC) a annoncé que 191 actions avaient été intentées pour faire cesser les « opérations frauduleuses visant les services de revente de logements en multipropriété et les voyages gratuits », dont trois poursuites engagées par la FTC, 83 actions civiles intentées par 28 États et 25 actions intentées par des organismes d’application de la loi de 10 autres pays. Au total, quelque 185 personnes sont poursuivies au criminel.

Dans son communiqué, la FTC conseille aux propriétaires de ne jamais se fier à une promesse, d’exiger que tout soit consigné par écrit et de ne payer de commission qu’une fois la vente conclue. Elle ajoute aussi que tous les organismes d’application de la loi collaborent à la résolution de ce problème.

Les faux prix sont également courants. Combien de Canadiens ont déjà reçu un appel automatisé les félicitant d’avoir gagné une croisière ou un voyage gratuit?

En 2013, le Centre antifraude du Canada a émis un bulletin mettant les Canadiens en garde contre les offres de vacances qui utilisent illégitimement le nom d’entreprises telles qu’Expedia, Air Miles, Air Canada et WestJet à des fins frauduleuses.

Le Centre dit avoir reçu 1 573 plaintes à ce sujet sur une période de trois ans, pour une perte moyenne d’environ 1 000 $ par personne.

Dans ce cas, le fraudeur offre un rabais incroyable à son interlocuteur si celui-ci fait la réservation sur-le-champ et il lui demande un numéro de carte de crédit pour régler les taxes. « L’analyse des déclarations des victimes révèle que des frais sont imputés à leur compte de carte de crédit par des banques aux États-Unis et au Mexique. À ce jour, 71 comptes de commerçants ont été identifiés et 10 ont été fermés, indique le Centre. Le groupe suspect utilise la composition automatique et la mystification téléphonique. Ces méthodes compliquent les enquêtes car elles empêchent de savoir à partir d’où les entreprises suspectes mènent leurs activités. Les fraudeurs sévissent donc n’importe où dans le monde sans être repérés et poursuivis par les organismes d’application de la loi. »

L’arnaque est tellement répandue que WestJet a émis une autre mise en garde en mars « incitant [les Canadiens] à ne pas divulguer leurs numéros de carte de crédit ni tout autre renseignement personnel à des fraudeurs qui affirment représenter WestJet ou Vacances WestJet ».

La mise en garde concerne aussi « de faux billets électroniques portant une longue séquence numérique et censés avoir été émis par WestJet. En fait, les itinéraires de WestJet sont identifiés par six lettres seulement et contiennent des renseignements pertinents sur les tarifs, les taxes et les frais, la franchise de bagages, la sélection des sièges, le programme de divertissement en vol et les partenariats avec des compagnies aériennes. »

De plus, WestJet a averti le public que des fraudeurs ont créé des comptes Instagram qui lui sont faussement associés, et qui promettent des vacances et des vols gratuits aux 25 000 premiers abonnés. « Cette ruse est souvent employée dans le mode d’Instagram car elle permet à un individu désirant vendre son compte d’acquérir rapidement de nombreux abonnés. Bien que les noms de ces faux comptes WestJet soient similaires au nôtre, ceux-ci ne sont pas associés à WestJet. »

Il existe donc de nombreux genres de fraudes visant les vacanciers. Certaines sont faciles à éviter.

« Lorsqu'il s'agit de location, c’est simple : ne virez jamais de fonds », conseille Chris Elliott. C'est la règle du « trop beau pour être vrai » qui prévaut alors.

Quant au couple de Vancouver, il a refusé un remboursement partiel de VRBO en raison de la clause de confidentialité qui y était associée.

Dans son offre, VRBO soulignait que 99 % des demandes faites sur son site ne posent aucun problème.

Les propriétaires de la villa que le couple voulait louer la lui ont offerte gratuitement pour une semaine. Pourvu que ce beau geste ait convaincu Landis Warner et Geoff Graham que leur union commence sous de bons auspices, malgré leur expérience malheureuse!