Tirer parti de l'application des normes d'audit

Les comptables qui effectuent des audits colligent une mine de renseignements sur leurs clients. Ces informations peuvent être mises à profit, autant pour les entreprises que pour l'auditeur.

L'auditeur collige une mine de renseignements sur ses clients, ainsi que sur les secteurs d'activité et les affaires de ceux-ci. De fait, les Normes canadiennes d'audit (NCA) exigent qu'il prenne connaissance de bien plus d'informations que du simple contenu des états financiers. Et ces informations peuvent être mises à profit de bien des façons à la fois pour les entreprises et l'auditeur.

C'est le cas notamment du professionnel en exercice dont la clientèle se compose de PME, car celles-ci peuvent souvent bénéficier de l'expertise que chaque auditeur professionnel d'expérience possède en matière d'information financière et d'affaires. Le professionnel en exercice peut ainsi :

  • accroître la satisfaction que ses clients retirent du processus d'audit;
  • étendre son expertise sectorielle, renforcer sa réputation, se spécialiser dans un domaine donné et favoriser l'expansion de son cabinet;
  • augmenter son chiffre d'affaires en réalisant des projets spéciaux pour ses clients en certification (sous réserve des règles d'indépendance);
  • augmenter son chiffre d'affaires en réalisant des mandats de conseil auprès de clients autres que des clients en certification;
  • mettre du piquant dans son quotidien en diversifiant ses activités.

L'acquisition de connaissances

Comment l'audit permet-il d'acquérir des connaissances? Voyons ce qu'exigent les NCA :

  • Qualité des communications : L'auditeur est tenu d'évaluer la qualité des communications aux fins du processus d'audit (NCA 260). Le professionnel en exercice a normalement connaissance de bien plus que les communications entre lui et le conseil d'administration de l'entité. Les travaux réalisés sur place permettent à l'équipe d'audit d'avoir un point de vue unique sur la nature des communications au sein d'une entité au quotidien. Cela ne se limite pas aux questions financières. Il y a aussi les communications liées aux activités courantes et les communications mensuelles avec les administrateurs.
  • Connaissance de l'entreprise et de ses activités : Le professionnel en exercice doit acquérir une compréhension du mode de propriété et de la structure de gouvernance de l'entité, des facteurs sectoriels et réglementaires, ainsi que d'autres facteurs externes, des objectifs, des stratégies et des facteurs de performance, des aspects du contrôle interne pertinents pour l'audit, du processus d'évaluation des risques par l'entité, etc. (NCA 315). D'autres informations s'ajoutent souvent au fil des audits, surtout ceux de microentités pour lesquels l'associé responsable de la mission ou le membre du personnel professionnel de niveau supérieur a joué un rôle actif dans les travaux sur place.
  • Facteurs de risque de fraude : Le professionnel en exercice doit prendre en considération les facteurs de risque de fraude et demander à la direction de l'éclairer sur les possibilités que l'entité soit exposée à des fraudes (NCA 240.25). Bien qu'un audit réalisé selon les NCA ne constitue pas un audit juricomptable, il amène néanmoins les professionnels en exercice d'expérience à acquérir une compréhension suffisante des contrôles internes requis pour atténuer le risque de fraude (NCA 240.27 et NCA 315.25). Cette expertise peut s'avérer très avantageuse pour les clients.
  • Problèmes de continuité de l'exploitation : Comme il doit évaluer annuellement la capacité de l'entité à poursuivre son exploitation, l'auditeur est au courant des situations qui peuvent menacer l'existence même de l'entité (NCA 570).

En résumé, l'auditeur acquiert une connaissance approfondie de chaque client. Alors comment maximiser l'utilité de toute cette information pour votre client et votre cabinet?

Des connaissances précieuses pour les clients

Les connaissances acquises dans le cadre de l'audit peuvent aider les clients à accroître l'efficacité de leur gouvernance et de leur gestion.

1. Amélioration de la qualité des communications : La communication qu'entretient l'entité avec la direction, les salariés, l'organe de gouvernance et les tiers est essentielle à son succès. L'audit sur place permet habituellement à l'auditeur de prendre le pouls de l'organisation sur des questions qui vont au-delà de l'information financière, surtout dans le cas d'une microentité. Voici des indices que la communication pourrait être améliorée :

  • Délai plus long que prévu pour obtenir des réponses à vos questions : La direction met-elle un temps fou à vous répondre? Ses réponses arrivent-elles à la dernière minute, ce qui retarde l'achèvement de l'audit?
  • Manque de compétence : La direction possède-t-elle une compréhension suffisante pour être efficace, et les administrateurs ont-ils les connaissances requises pour exercer une surveillance sur la direction?
  • Réponses évasives : Les administrateurs ou les membres de la direction tentent-ils de dissimuler un problème? Cela s'avère particulièrement alarmant en contexte d'audit.

Les problèmes de communication peuvent couver longtemps avant que n'éclate une crise : s'ils sont identifiés par un observateur impartial, la crise peut parfois être évitée. De tels problèmes relevés au cours de l'audit constitueront vraisemblablement des questions importantes à communiquer à l'organe de gouvernance ou à la direction, selon le cas (NCA 260.19 et NCA 265.10). Vos recommandations pourront fournir une piste de solution à la direction et aux responsables de la gouvernance.

Pour les questions de communication, parlez-en avec les parties concernées au lieu de simplement rédiger une lettre. Concentrez-vous sur les questions importantes et sensibilisez vos clients aux avantages d'une meilleure communication.

2. Amélioration de la qualité de la gestion financière : Les personnes responsables de la gestion des petites entités et des microentités publiantes n'ont souvent aucune formation structurée en gestion. Il peut donc régner une certaine confusion quant à la façon et au moment d'établir leur budget, à la tenue des comptes et à la marche à suivre pour évaluer les résultats. Or, la gestion financière est une compétence fondamentale de notre profession; le comptable peut fournir un service à valeur ajoutée, notamment aux microentités qui, souvent, ne peuvent se payer les services d'un expert à temps plein.

L'auditeur se penche immanquablement sur des questions budgétaires, par exemple lorsqu'il acquiert une compréhension de l'entité, identifie les risques d'anomalies significatives ou apprécie l'évaluation faite par la direction de la capacité de l'entité à poursuivre son exploitation.

L'auditeur peut donc conseiller ses clients sur les questions suivantes :

  • Établissement du budget : Vos conseils peuvent aller bien au-delà de la préparation du budget et concerner notamment :
    • la clarification des objectifs du budget (par exemple, renforcer la solvabilité ou présenter la performance selon les catégories de produits ou de dépenses);
    • le calendrier de préparation du budget et la période visée (mois, trimestre, année, etc.);
    • le mode de présentation et le format (comptabilité de caisse, PCGR, référentiel à usage particulier).
  • Tenue des comptes : Il règne souvent une certaine confusion au sein des microentités quant à la répartition des responsabilités entre la direction et les administrateurs. Par exemple :
    • Qui devrait être responsable de la tenue des comptes au quotidien lorsque la comptabilité est donnée en impartition?
    • Quels documents devrait-on conserver et pendant combien de temps?
    • Les administrateurs devraient-ils recevoir des rapports mensuels ou trimestriels de la direction et quel devrait en être le niveau de détail?

Il s'agit là de questions qui ont plus trait à la préparation de l'information financière et à sa communication qu'au contrôle.

  • Évaluation des résultats : Des budgets et des comptes exacts ne revêtent de l'importance que si l'information générée est utilisée; ils ne constituent pas une fin en soi. Qui compare les résultats réels et les résultats budgétés et qui doit prendre des mesures lorsqu'il existe des écarts entre ces résultats?

L'auditeur peut aider la direction à établir une liste de contrôle de gestion financière pour les tâches liées à la tenue des comptes, qui vont des tâches hebdomadaires (paye, petite caisse) aux tâches annuelles (relevés T4 et autres fonctions de conformité). Cette liste, qui n'a pas besoin d'être complexe, peut aussi porter sur l'établissement du budget et l'évaluation des résultats.

Il est facile de formuler des recommandations : ajoutez de la valeur en aidant l'entité à élaborer un système de mise en œuvre et de suivi. Comme toujours, vous devez vous assurer que votre indépendance n'est pas compromise.

3. Amélioration de la gérance des ressources de l'entité : Les petites entités qui manquent de compétences en gestion se demandent souvent comment exercer un contrôle sur leurs ressources pour s'assurer qu'elles servent uniquement aux fins approuvées. Par ailleurs, de nombreux comptables présument à tort que les microentités ne peuvent mettre en place des contrôles appropriés compte tenu du trop faible nombre de personnes visées. Or, dans plusieurs très petites entités, ce sont des membres du conseil qui assument certaines fonctions de contrôle, et ce, très efficacement. Voilà une excellente occasion pour les professionnels en exercice de mettre à contribution leur compréhension de la conception et de la mise en place des contrôles à l'égard de l'information financière (par exemple, en ce qui touche la fraude et les parties liées) ainsi que leurs connaissances spécialisées au sujet des activités des microentités.

Commencez par expliquer au client que la mise en place de contrôles n'est pas une fin en soi; il s'agit d'un moyen de s'assurer que les ressources servent aux fins prévues. Aidez d'abord le client à déterminer l'objectif du contrôle (par exemple, faire en sorte que les niveaux de salaires soient autorisés correctement). Puis recommandez des contrôles appropriés pour l'entité. Souvenez-vous que tous les petits et moyens cabinets (PMC) sont aussi des PME, et donc, que les contrôles qui conviennent à votre cabinet pourraient aussi très bien convenir à votre client.

Considérations relatives à l'indépendance

L'auditeur doit toujours demeurer indépendant. Le fait de conseiller des clients de services d'audit peut créer des menaces pour l'indépendance de l'auditeur, surtout lorsque les recommandations portent sur l'information financière. Cela ne signifie pas que l'auditeur ne peut recommander des améliorations pour les contrôles et d'autres aspects des affaires d'un client. À vrai dire, tout auditeur a l'obligation de signaler les questions importantes.

Il lui faut cependant mettre en place des sauvegardes pour s'assurer que les recommandations formulées ne portent pas atteinte à son indépendance et il doit pour ce faire exercer son jugement professionnel.

Conclusion

Chaque audit vous permet de recueillir de précieux renseignements sur vos clients et leur secteur d'activité. Vous pouvez tirer parti de ce savoir et utiliser votre expérience pour ajouter encore plus de valeur aux services que vous fournissez, notamment aux petites entités et microentités, en matière de communication, de gestion financière et de gérance des ressources. Cela contribuera à renforcer votre réputation dans le secteur, à fidéliser votre clientèle et à accroître vos revenus. Faites un essai. Vous serez peut-être surpris des résultats.

À propos des auteurs

Phil Cowperthwaite


Phil Cowperthwaite, FCPA, FCA, est associé au sein du cabinet torontois Cowperthwaite Mehta et membre du Comité sur les petits et moyens cabinets de l'IFAC.

Glenn Rioux


Cette rubrique est dirigée, MM, CPA, CA.

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