Mesures frileuses contre les changements climatiques

Alors que les gouvernements peinent à élaborer des politiques viables contre le réchauffement climatique, les dirigeants d'entreprises peuvent adopter des solutions favorables aussi bien pour l'environnement que pour l'économie.

Les gouvernements prendront-ils ou non des mesures quant aux changements climatiques? Voilà l'une des grandes incertitudes planant sur l'économie mondiale.

Partout dans le monde, les promesses des gouvernements de réduire ou de limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont trop souvent défié le bon sens. Nombre de pays industrialisés signataires du Protocole de Kyoto de 1997 ont pris des engagements sans bien réfléchir à la façon de les remplir ni établir de consensus à cet égard, ou sans tenir compte de l'évolution du contexte économique ou de la technologie.

Par exemple, les effets persistants de la récession mondiale amènent de nombreux gouvernements à privilégier les emplois et les recettes fiscales associés à l'énergie plus abondante, plutôt que les cibles à court terme — plus difficiles à atteindre — de réduction des émissions. Les États-Unis et certains pays d'Europe cherchent à profiter des nouvelles technologies d'exploitation des réserves de pétrole et de gaz de schiste, tandis que bon nombre craignent les coûts et l'imprévisibilité de l'énergie éolienne plus verte, mais dont les avantages économiques « immédiats » peuvent, par comparaison, paraître exagérés.

La catastrophe de Fukushima, en 2011, a par ailleurs profondément nui à l'image du nucléaire, qui est l'un des principaux moyens disponibles pour réduire significativement notre dépendance envers le carbone.

Sachant qu'ils ne pourraient respecter leur engagement de réduction des émissions, les États-Unis n'ont pas ratifié le Protocole de Kyoto; le Canada s'est désisté, et d'autres pays, comme le Japon, la Nouvelle-Zélande et la Russie, disent maintenant qu'ils ne promettront plus de respecter ces objectifs.

L'approche « descendante » de réduction des émissions de GES, c'est-à-dire faire des promesses à un haut niveau sans réfléchir à leur réalisation dans un contexte économique et technologique imprévisible, n'a réussi qu'à générer de l'incertitude pour les entreprises et du cynisme au sein du public, chacun se demandant d'où viendra l'énergie et quel en sera le prix.

Le problème est le suivant : qui paiera la note? Chacun défend ses propres intérêts, les pays pauvres, générateurs de beaucoup d'émissions, blâmant les pays riches pour leurs émissions passées, et les pays possédant des sources d'énergie plus « propres » tentant de profiter de la situation de partenaires commerciaux qui dépendent d'énergies moins propres.

Ainsi, les pays qui déploient des efforts importants de réduction des émissions, et qui sacrifient, ce faisant, des fonds publics et des investissements industriels, regardent d'un mauvais oeil les pays qui ne font pas de tels efforts. On voit ainsi apparaître des mesures de protectionnisme : attendons-nous donc à des guerres commerciales découlant de la volonté de certains pays de taxer les importations étrangères en fonction des émissions de GES qui leur sont attribuées.

Il serait démesurément coûteux sur le plan de l'emploi et des revenus d'abandonner rapidement notre infrastructure économique actuelle génératrice de fortes émissions de carbone. Trouver une solution viable exige du temps et les gouvernements peinent à adopter des politiques réalistes fondées sur une vision à long terme.

Les gouvernements doivent rechercher des solutions efficientes sur les plans environnemental et économique. La plus évidente est la réduction des subventions accordées au titre des combustibles fossiles.

Les gouvernements renoncent annuellement à 2 billions $, soit 8 % des recettes gouvernementales mondiales, pour protéger les consommateurs (surtout dans les pays en développement) et les producteurs. Des compressions ne représenteraient qu'un premier pas, mais elles constitueraient une mesure concrète et permettraient de mettre à l'épreuve la capacité d'agir des gouvernements.

Sur le plan politique, les changements climatiques demeurent partout un sujet épineux. Les dirigeants d'entreprises doivent avoir l'œil sur les promesses exagérées des gouvernements, et chercher à favoriser les solutions que peut supporter notre économie et qui sont réalisables sur le plan technologique.

À propos de l’auteur

Daniel Schwanen


Daniel Schwanen est vice-président adjoint, Recherche, à l’Institut C.D. Howe à Toronto.

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