Les comportements d'entreprise contraires à l'éthique

Quelques exemples d'entreprises qui enfreignent les règles – et un survol des conséquences.

À en croire les manchettes, les entreprises enfreignent régulièrement les règles. Walmart, Siemens, SNC-Lavalin et d'autres ont été accusées de corruption d'agents publics étrangers; Goldman Sachs et J.P. Morgan ont écopé de lourdes amendes pour avoir trompé leurs clients ou le gouvernement; Apple, RIM et d'autres sociétés technologiques ont antidaté des options d'achat d'actions de leurs employés. Si vous étiez actionnaire d'une de ces entreprises, que feriez-vous?

Vous êtes libre de ne pas investir dans une entreprise qui agit de façon contraire à vos valeurs (bien qu'il soit difficile d'en empêcher l'administrateur de votre régime de retraite). En tant qu'actionnaire, vous pouvez faire pression pour faire changer les normes de gouvernance, élire de nouveaux administrateurs et dénoncer les comportements que vous jugez inacceptables. Toutefois, en affaires, les arguments économiques supplantent habituellement les considérations éthiques. Voilà pourquoi ceux qui plaident pour un meilleur équilibre entre les sexes aux conseils d'administration citent des études qui démontrent que les entreprises qui comptent plus d'administratrices ont un meilleur rendement des capitaux propres.

On penserait que les amendes très élevées (J.P. Morgan a versé 13 milliards $ US au ministère de la Justice des États-Unis) et la perte de réputation auxquelles s'exposent les entreprises qui enfreignent les règles pourraient refroidir les contrevenants potentiels. Or, un décideur pourrait estimer que le risque est infime dans une situation donnée. En effet, à moins qu'un événement défavorable ne fasse baisser la valeur d'un placement ou que l'entreprise soit la seule (parmi bien d'autres) à se faire prendre, il peut être rentable de se lancer dans des activités illégales ou répréhensibles. Comme le souligne le Huffington Post, la hausse du cours des actions de J.P. Morgan a déjà permis aux actionnaires de récupérer les 13 milliards $ US.

Pour préserver sa réputation, l'entreprise fautive pourra aussi se défendre en disant que « tout le monde le faisait ». C'est donc tout le secteur d'activité qui sera éclaboussé plutôt que l'entreprise seulement, et ce, même si elle était la pire contrevenante. Or, un argument encore plus solide devrait dissuader les entreprises de se livrer à des activités illicites, qu'elles risquent ou non de s'y faire prendre : les conséquences désastreuses d'une culture d'entreprise voulant que la fin justifie les moyens.

L'entreprise qui contrevient aux règles a besoin du concours de nombreux employés. Ceux-ci n'agissent alors pas par loyauté (bien qu'un certain esprit d'équipe puisse jouer), mais souvent pour protéger leur emploi, leur prime ou leur popularité auprès de leurs collègues. L'employé qui aide l'entreprise à tromper les clients ou les autorités de réglementation ou qui est témoin de quelconques malversations peut finir par considérer ces gestes comme normaux. De là, il n'a qu'un pas à franchir pour adopter ce comportement à l'égard de l'employeur, par exemple en trouvant des façons « créatives » d'obtenir une augmentation, une prime ou une promotion.

J.P. Morgan a perdu plus de 6 milliards $ US aux mains d'un spéculateur peu scrupuleux (la « Baleine de Londres »), et SNC- Lavalin a annoncé des pertes sur des contrats à prix forfaitaire non rentables. Se pourrait-il que les employés impliqués dans ces spéculations et contrats (qui leur ont sans doute valu des primes), au courant des agissements de l'entreprise, se soient sentis en droit de conclure des transactions à son détriment dans leur propre intérêt?

Lorsque la culture d'entreprise laisse entendre que tous les moyens sont bons pour gagner, il devient alors difficile d'éviter les dérapages.