La réforme du Régime de pensions du Canada est-elle une bonne idée?

Alors que la majorité des Canadiens n'économisent pas assez pour leur retraite, la réforme du Régime de pensions du Canada constitue un problème économique complexe qui pourrait susciter de vifs débats politiques.

Nos gouvernements craignent que les Canadiens n'aient pas assez d'argent de côté pour leur retraite et se sont réunis plusieurs fois à ce sujet. Leurs craintes sont justifiées, car la majorité des Canadiens n'économisent pas assez.

Commençons par le principal véhicule d'épargne-retraite, le REER. Selon Statistique Canada, seuls 24 % des déclarants admissibles ont cotisé à un REER en 2011. Le total des cotisations s'élevait alors à 34,4 milliards $, soit 4,4 % du montant total possible de 772,5 milliards $, et la cotisation médiane s'établissait à 2 830 $.

Pourquoi le REER n'est-il pas davantage utilisé? Parce que les gens n'ont plus d'argent après avoir payé leurs factures. Par ailleurs, nombre de cotisants puisent des fonds dans leurs REER par l'intermédiaire du Régime d'accession à la propriété ou du Régime d'encouragement à l'éducation permanente. D'autres retirent des fonds parce qu'ils se trouvent dans une mauvaise passe financière, à la suite d'un licenciement ou d'un divorce.

Et c'est là que réside le problème des REER : il s'agit d'une épargne facultative.

Le Régime de pensions du Canada (RPC) et le Régime de rentes du Québec (RRQ) fonctionnent parce qu'ils sont obligatoires. Si on touche un salaire ou un revenu d'un travail indépendant, il faut y cotiser; on ne peut s'y soustraire.

De fait, bien des Canadiens n'auront comme revenus de retraite que les prestations du RPC/RRQ, celles de la Sécurité de la vieillesse et, s'ils ont un faible revenu, le Supplément de revenu garanti.

Malheureusement, pour la plupart des gens, ces revenus seront insuffisants.

Augmenter les prestations du RPC/RRQ semble être donc une bonne idée. Le problème, bien sûr, c'est qu'il faudrait cotiser plus.

Penchons-nous sur les chiffres actuels du RPC. En 2014, le maximum des gains admissibles (MGA) est de 52 500 $. Les taux de cotisation de l'employeur et de l'employé sont maintenus à 4,95 %. Celui des travailleurs indépendants est de 9,9 %, le double.

En tenant compte de l'exemption de base de 3 500 $, les cotisations maximales patronales et salariales s'élèvent donc respectivement à 2 425,50 $, et à 4 851 $ pour le travailleur indépendant. Si vous versez ce montant maximal pendant une quarantaine d'années, vous devriez recevoir la prestation maximale du RPC qui, selon Service Canada, s'élevait à 12 150 $ en 2013. Or, le montant annuel moyen versé cette année-là s'est élevé à 7 234 $. Cela signifie donc que la plupart des Canadiens ont un revenu inférieur au MGA, ou qu'ils n'ont pas cotisé pendant un nombre d'années suffisant pour recevoir le montant maximum.

Divisons la population en deux tranches : les personnes qui gagnent moins que le MGA et celles qui gagnent plus. Pour celles qui gagneront plus que 52 500 $ en 2014, il suffirait de majorer le MGA. Selon le taux actuel, les salariés et les travailleurs indépendants gagnant 100 000 $ verseraient respectivement des cotisations de 4 776,75 $ et 9 553,50 $. Personnellement, j'adorerais pouvoir cotiser davantage au RPC et financer de cette manière une plus grande partie de ma retraite : le régime est bien capitalisé, il est peu coûteux et il fournit une pension viagère indexée.

Mais le vrai problème concerne ceux qui gagnent moins que le MGA actuel. L'augmentation des taux de cotisation ferait très mal, particulièrement aux travailleurs indépendants, car ils devraient boucler leurs fins de mois avec un revenu net moindre. Et bien sûr, la majoration du MGA ou des taux de cotisation rendrait l'embauche plus coûteuse.

Dans le contexte désinflationniste actuel, la dernière chose dont l'économie a besoin est ce genre de répercussion négative sur l'emploi.

Nous avons donc affaire à un problème économique complexe qui fera nul doute l'objet de débats politiques passionnés. Je serais surpris que l'on assiste à des changements dans un avenir proche.


À propos de l’auteur

David Trahair


David Trahair, CPA, CA, chroniqueur, conférencier et auteur, a publié cinq ouvrages sur les finances personnelles. Son plus récent, rédigé pour CPA Canada, s’intitule Retraite et procrastination : guide de survie. Site web : www.trahair.com

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