À des fins de divertissement seulement

Les perspectives s'annoncent mauvaises pour les voyantes américaines qui ont récemment été reconnues coupables de fraude.

Voilà un verdict qu'aurait dû prédire Rose Marks, voyante de Fort Lauderdale (Floride), qui a été reconnue coupable en septembre 2013 de 14 chefs d'accusation, dont fraude postale, fraude électronique, blanchiment d'argent et production de fausses déclarations fiscales.

Propriétaire de cabinets de voyance à Manhattan et à Fort Lauderdale, Rose Marks, âgée de 62 ans et décrite par les médias comme la matriarche d'une famille de diseurs de bonne aventure, était accusée d'avoir extorqué 25 millions $ US à ses clients. Parmi ces derniers se trouvait Jude Deveraux, célèbre auteure de romans historiques. Mme Deveraux, dont 37 ouvrages se sont hissés au palmarès du New York Times, a indiqué avoir versé à la voyante 17 millions $ US en honoraires sur une période de 20 ans.

Mme Deveraux, aujourd'hui âgée de 66 ans, était déprimée et suicidaire lorsqu'elle a fait la connaissance de Mme Marks dans les années 1990. Après huit fausses couches, elle traversait un divorce difficile. Selon le Daily Mail, elle a rencontré Mme Marks à Manhattan. La voyante disait travailler dans une « pièce spéciale » de la cathédrale St. Patrick, sur la 5ᵉ Avenue. Après plusieurs consultations, Mme Marks a promis à l'auteure qu'elle l'aiderait à vivre un divorce serein, moyennant des frais de 1 200 $ US. La romancière n'était pas convaincue des pouvoirs psychiques de Mme Marks, mais quand plusieurs des prophéties de cette dernière ont semblé se réaliser (la voyante avait prédit à l'heure près le moment où le mari de Mme Deveraux a intenté les procédures de divorce), elle lui a accordé sa confiance.

Une fois la romancière persuadée des dons de Mme Marks, l'arnaque s'est intensifiée. « Elle m'a assurée que l'argent était une énergie maléfique et que les sommes contenues dans mon compte bancaire attiraient le mal », a témoigné Mme Deveraux en cour. Tôt dans la relation, la voyante a exigé un million $ US pour poursuivre ses méditations au nom de l'auteure, montant qu'elle disait conserver dans un tiroir à la cathédrale St. Patrick et qu'elle s'était engagée à lui remettre ultérieurement.

Quand Mme Deveraux perd son fils de huit ans dans un accident de VTT en 2005, Mme Marks exploite cruellement le chagrin de sa cliente. Selon le témoignage de Mme Deveraux, Mme Marks l'aurait alors tourmentée en affirmant que l'enfant n'était pas monté au ciel et en prétendant pouvoir transférer l'esprit du garçon dans un autre corps et réunir la mère et le fils, a révélé le Sun Sentinel. Mme Marks disait avoir eu la prémonition de cette mort tragique et s'y être préparée en conservant un embryon issu des traitements de fécondation in vitro subis par Mme Deveraux pour donner naissance à son fils. Elle affirmait qu'une vierge ressemblant à la princesse Grace de Monaco avait utilisé cet embryon pour donner naissance à un enfant et prédisait que Mme Deveraux mourrait, intégrerait le corps de cette femme et retrouverait son enfant. Mme Deveraux finira par découvrir que la femme en question était en réalité Cynthia Miller, une bru de Rose Marks.

La voyante prétendait aussi avoir fourni des services à diverses personnalités parmi lesquelles figuraient des papes, d'anciens présidents américains, l'ex-secrétaire d'État américain Colin Powell et l'acteur Brad Pitt. Elle a persuadé Mme Deveraux que celle-ci épouserait M. Powell.

Après quatre ans de correspondance avec M. Powell, Mme Deveraux a arrêté de lui écrire parce qu'il refusait de la rencontrer. Elle apprendra plus tard que les lettres et les courriels qu'elle lui adressait étaient transmis à une femme, qui tapait les réponses (dictées par Rose Marks) censées provenir de M. Powell.

En défense, Mme Marks a allégué que ses clients, dont beaucoup étaient fortunés, payaient volontiers pour obtenir ses conseils spirituels. Elle a cité le cas de Deanna Wolfe, 72 ans, qui lui a versé environ un million $ US en 30 ans. Après la condamnation de Rose Marks, Deanna Wolfe a confié au Palm Beach Post avoir accueilli le verdict avec des sentiments ambivalents, ne sachant pas si Mme Marks avait des intentions malhonnêtes dès le départ ou si l'appât du gain avait pris le dessus.

Le procès de Rose Marks a suscité beaucoup d'attention, notamment à cause des sommes en jeu et de la notoriété d'une des victimes. Mais ce type de fraude est beaucoup plus fréquent qu'on pourrait le croire. Comment s'en étonner quand on songe qu'un Américain sur sept a déjà consulté une voyante selon les conclusions d'un sondage réalisé en 2009 pour le projet Religion & Public Life du Pew Research Center.

En novembre 2013, un juge de la Cour suprême des États-Unis, Gregory Caro, condamnait une voyante de Greenwich Village, Sylvia Mitchell, à une peine de cinq à quinze ans de prison parce qu'elle avait extorqué de l'argent à ses clients, des sommes considérables dans certains cas. Une ancienne cliente de Mme Mitchell a témoigné lui avoir versé plus de 120 000 $ US, celle-ci lui ayant promis de l'aider à se libérer de son énergie négative, a rapporté la chaîne CBS. Une autre a déclaré que Mme Mitchell l'avait incitée à lui confier 27 000 $ US qu'elle garderait en son nom pour l'affranchir de son attachement à l'argent. Mme Mitchell a fini par lui en rembourser une partie, mais non sans avoir résisté.

L'ancien avocat de Mme Mitchell, William Aronwald, a allégué que celle-ci ne prédisait pas l'avenir. Elle disait plutôt aux clients qui sollicitaient son aide qu'elle prierait pour eux et accomplirait certains rituels pour essayer de les libérer de leur énergie négative. Le juge Caro a réfuté cet argument. Selon lui, si certains clients avaient vécu une expérience insolite sans subir de préjudice, d'autres plus vulnérables, aux prises avec des situations stressantes et dramatiques, s'étaient fait extorquer des milliers de dollars.

En septembre 2013, Chris Date, médium britannique notoire qui prétendait communiquer avec les morts, a été démasqué. Tandis qu'il faisait la visite guidée d'un hôtel supposément hanté dans le Sud du pays de Galles, M. Date a emmené ses clients dans les écuries de l'hôtel. Il a demandé à un esprit de répondre à une question en frappant deux coups, et l'esprit s'est manifesté. Méfiants, un client et un membre du personnel de l'hôtel sont restés sur les lieux pour voir si quelqu'un sortirait du grenier d'où s'étaient fait entendre les coups. Vingt minutes plus tard, un homme est descendu, a raconté le propriétaire de l'hôtel, Paul Francis, au Telegraph. Si la supercherie de M. Date était somme toute inoffensive, beaucoup d'arnaques associées à la voyance ont des répercussions financières et émotionnelles chez des clients vulnérables comme Mme Deveraux.

Les victimes entrent en contact avec ces soi-disant voyants par téléphone, par Internet ou sur des réseaux télévisés tels que la chaîne Psychic Today, au Royaume-Uni. En mai dernier, Psychic Today a été condamnée par l'organisme britannique de réglementation des communications à une amende équivalant à 20 000 $ pour avoir omis d'aviser les consommateurs que ses services étaient offerts à des fins de divertissement seulement.

C'est peu en comparaison de l'amende de 5 millions $ US imposée par la Federal Trade Commission (FTC) en novembre 2002 à Youree Dell Harris, mieux connue sous le nom de « Miss Cleo ». Elle exploitait un service téléphonique de voyance très lucratif depuis 1997 jusqu'à ce que la FTC la condamne pour pratiques déloyales de publicité, de facturation et de recouvrement. Selon la CBC, Miss Cleo harcelait les consommateurs par des appels de télémarketing répétés, indésirables et inévitables. La FTC a jugé que Miss Cleo et ses diverses entreprises donnaient une impression inexacte des frais de services dans leur publicité et pendant les consultations, qu'elles facturaient des services qui n'avaient jamais été achetés et recouvraient l'argent de manière trompeuse. Selon l'entente conclue avec la FTC, les exploitants de la ligne de voyance de Miss Cleo ont accepté d'annuler des factures totalisant 500 millions $ US et de retourner aux clients tous les chèques non encaissés.

En matière de fraude, les enquêteurs doivent être conscients que certaines victimes, qui consultent des voyants et leur donnent beaucoup d'argent, hésitent à en parler. Le Sun Sentinel souligne que, selon les experts chargés de l'application de la loi, il est rare que des cas de fraude associés à la voyance, comme l'affaire Rose Marks, se retrouvent en cour, notamment parce que les victimes présumées sont mal à l'aise et honteuses d'admettre qu'elles se sont fait piéger.

« Avez-vous consulté un voyant ou une voyante? » n'est pas une question qui vient spontanément à l'esprit d'un enquêteur, mais dans certains cas, elle doit être posée.

Alors que plusieurs membres de sa famille ont déjà plaidé coupable à diverses infractions connexes et reçu des peines allant de la détention à domicile à plusieurs années de prison, Rose Marks attend toujours le prononcé de sa sentence. Son sort demeure inconnu pour l'instant, et il est peu probable qu'un voyant veuille se risquer à le prédire.

À propos de l’auteur

David Malamed


David Malamed, CPA, CA•EJC, CPA (Ill.), CFF, CFE, CFI, est associé en juricomptabilité au cabinet Grant Thornton LLP à Toronto.

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