Quand le huard plonge

Les fluctuations de la valeur du dollar sont de bon augure pour certains, mais de mauvais augure pour d'autres.

Depuis un an, le dollar canadien perd de la valeur par rapport au dollar américain. Nous nous étions habitués à la parité, mais au 31 mars dernier, le huard valait 90 cents US. Un creux inégalé depuis quatre ans.

En fait, les fluctuations du dollar nous touchent de diverses façons. Le secteur du tourisme, les exportateurs, et certaines entreprises manufacturières sont parfois les «  gagnants   » d'une baisse du dollar canadien, tandis que les importateurs, entre autres, en subissent les contrecoups. Même parmi les entreprises manufacturières, l'incidence peut varier. Une entreprise qui vend la majorité de ses produits en dollars américains verra ses profits augmenter, tandis que celle qui achète la plupart de ses intrants (les produits qui entrent dans la production d'un bien) aux États-Unis pourrait y perdre au change.

Du côté des consommateurs, on devrait s'attendre à une majoration des prix de certains produits, comme à l'épicerie, notait récemment le Globe and Mail. Les achats en ligne sur eBay ou Amazon risquent également de coûter plus cher.

Un lien de cause à effet complexe

La relation entre la valeur du dollar et la variation de prix est moins claire qu'on pourrait le croire. Selon l'économiste Mike Moffatt, les Canadiens ont profité de la hausse du dollar canadien au cours des dernières années, même si les prix ne sont pas nécessairement plus bas lorsqu'ils paient à la caisse. La pression à la hausse ou à la baisse est mitigée par l'action de la Banque du Canada. Lorsque le dollar canadien prend de la valeur par rapport au dollar américain, le fait d'importer en provenance des États-Unis ou de traverser la frontière pour faire son magasinage devient plus abordable, explique M. Moffatt dans un texte publié sur Macleans.ca. Cette hausse de la valeur du huard exerce une pression à la baisse sur les prix au pays, et la Banque du Canada réagit alors en augmentant la masse monétaire afin de respecter sa cible d'inflation.

Depuis dix ans, cette augmentation monétaire se traduit en partie en augmentations de salaires, dit l'économiste. De cette façon, notre pouvoir d'achat augmente quand le dollar canadien augmente. Je préfère donc voir le dollar canadien grimper.

Le « mal hollandais »

Dans ce contexte, profitons de l'occasion pour déboulonner un mythe persistant, soit le fameux « mal hollandais » (Dutch Disease). Selon cette théorie, une forte demande pour une ressource naturelle comme le pétrole albertain entraîne une hausse de la valeur du dollar, ce qui nuit aux entreprises manufacturières du pays car leurs produits deviennent moins compétitifs par rapport aux produits des concurrents étrangers.

Dans une étude publiée en janvier 2013, le chercheur Philip Cross, de l'Institut Macdonald-Laurier à Ottawa, a montré que cette théorie tient difficilement la route. Le prix des ressources naturelles n'est attribuable que pour moins de la moitié à la hausse du dollar canadien depuis 2002, écrivait M. Cross dans une chronique publiée dans le National Post.

Selon la Banque du Canada, la raison principale de cette hausse de la valeur du huard est liée à la faiblesse du dollar américain. En outre, cette même hausse n'est pas la cause de tous les malheurs des entreprises manufacturières. Certaines en ont souffert, mais d'autres ont profité du boom des ressources naturelles, et nombre de ces entreprises ont pu acheter de l'équipement ou payer moins cher pour leurs produits.

Les « perdantes » sont surtout les entreprises qui ont été touchées par les difficultés des marchés de l'automobile et de la construction aux États-Unis de même que par la concurrence de la Chine dans le secteur du textile, et non pas à cause d'un dollar fort ou d'un supposé « mal hollandais ».

À propos de l’auteur

David Descôteaux


David Descôteaux est chroniqueur économique dans la région de Montréal.

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