Le spectre de la déflation

Le Canada, comme bien d'autres pays, se trouve en terrain glissant.

Selon le grand dictionnaire terminologique, le mot « inflation » désigne la « hausse du niveau moyen des prix des biens et services dans une économie, qui se traduit par une perte du pouvoir d'achat ». En général, le terme inquiète. Qui a envie de voir les prix monter?

La déflation est le contraire de l'inflation. Elle désigne une baisse générale des prix, souvent due à un resserrement de la masse monétaire ou du crédit.

La majorité croit que la déflation est souhaitable et que plus on attend, plus les prix baisseront et plus nous en aurons pour notre argent.

Or, la déflation peut porter un coup très dur à l'économie. Convaincu que les prix pourront baisser encore plus, le consommateur repousse ses achats. Le hic, c'est que la consommation constitue l'un des moteurs de l'économie.

Si les ventes s'essoufflent, le bénéfice des sociétés se contracte, tout comme leur résultat net. Elles s'efforcent alors de réduire leurs coûts et certaines, surtout les plus grandes, risquent de chanceler.

Les entreprises en difficulté commencent souvent par réduire leurs effectifs. Et les chômeurs ne sont guère enclins à dépenser : les ventes continuent donc de reculer.

Ce ralentissement généralisé se répercute sur les pouvoirs publics, dernier rempart pour éviter la crise. Mais toute intervention reste tributaire de l'état de santé du Trésor, pour qui le ralentissement se traduit par une baisse des impôts versés par les sociétés. Et qui dit hausse du chômage dit aussi baisse de l'impôt versé par les particuliers, première source de recettes de l'État. Enfin, les décaissements en prestations d'assurance chômage s'alourdissent.

Par surcroît, le système bancaire pâtit aussi de la contraction. Le ralentissement des activités financières des sociétés et des particuliers rogne les profits, vu la réduction du nombre d'opérations bancaires. Si les bénéfices diminuent et si les licenciements se multiplient, la proportion de prêts irrécouvrables grimpe. Frileuses, les banques hésitent alors à consentir des prêts supplémentaires aux entreprises en démarrage et investissent ailleurs, ce qui freine l'expansion économique et la croissance des dépenses.

Nul n'échappe à cette spirale destructrice, très difficile à enrayer. Songeons à la crise des années trente, alors que la majorité des sociétés ont dû mettre la clé sous la porte et le chômage s'est généralisé. John Steinbeck en brosse un saisissant tableau dans son roman Les raisins de la colère (1939).

Alors, comment juguler la déflation? Les banques centrales y voient par leur politique monétaire. Elles maîtrisent la masse monétaire (voir « Un retrait progressif… » ) et gèrent l'inflation grâce aux taux d'intérêt. La Banque du Canada a pour mission de maintenir le taux d'inflation annuel à environ 2 %. Consciente qu'une inflation modérée n'a rien de préjudiciable, elle n'a pas fixé la cible à zéro.

Si la hausse dépassait 2 %, la Banque relèverait ses taux, car lorsque le loyer de l'argent augmente, les consommateurs limitent leurs dépenses.

Les banques centrales s'abstiennent généralement de le préciser, mais elles redoutent un taux d'inflation négatif.

Le principal outil de suivi de l'inflation reste l'indice des prix à la consommation (IPC). Statistique Canada le gère en mesurant l'évolution annuelle du coût d'environ 600 biens et services. Des ajustements sont apportés au panier pour qu'il contienne des biens et services d'une quantité et d'une qualité constante, afin que l'indice ne reflète que la fluctuation des prix.

Or, depuis plusieurs années, l'IPC d'ensemble fléchit  : de 2,9 % en 2011, il est passé à 1,5 % en 2012, puis à 0,9  % en 2013. Il ne s'agit pas ici de déflation, mais de « désinflation », soit un ralentissement de l'inflation.

En période de désinflation, comme aujourd'hui, la banque centrale se montre souvent encline à laisser les taux faibles. Alors, les taux du crédit à la consommation restent faibles, ce qui stimule l'économie, car les consommateurs se mettent à emprunter et à dépenser.

Le Canada, comme bien d'autres pays, se trouve en terrain glissant. La menace qui plane, ce n'est pas celle de l'inflation, mais plutôt celle de la déflation.

À propos de l’auteur

David Trahair


David Trahair, CPA, CA, chroniqueur, conférencier et auteur, a publié cinq ouvrages sur les finances personnelles. Son plus récent, rédigé pour CPA Canada, s’intitule Retraite et procrastination : guide de survie. Site web : www.trahair.com

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