Le déclin du marché américain

Étant donné la situation économique actuelle des États-Unis, les entreprises canadiennes devraient chercher à diversifier leurs partenaires commerciaux.

Plusieurs entreprises canadiennes misent sur la timide reprise américaine pour relancer leurs exportations. Elles devraient plutôt recruter des clients ailleurs à l’étranger, car l’avenir ne s’annonce pas rose aux États-Unis.

Nos voisins du Sud n'ont pas encore retrouvé le taux de croissance économique qu’ils affichaient dans les années ayant précédé la crise financière de 2008. L’endettement des ménages américains demeure important, et il n’est pas étonnant que la Réserve fédérale maintienne les taux d’intérêt à un niveau bas.

Nos exportateurs devraient surtout se préoccuper des problèmes budgétaires à moyen terme, puisque les entreprises canadiennes et l’ensemble de l’économie du pays dépendent de contrats gouvernementaux avec les États-Unis.

VERS LE PRÉCIPICE BUDGÉTAIRE

Le gouvernement fédéral américain traîne une dette astronomique de plus de 17 500 milliards de dollars qui augmente chaque fois que le pays relève le plafond de sa dette, et ce psychodrame entre les élus démocrates et républicains se répète chaque année. Depuis les années 1950, les États-Unis ont relevé ce plafond 80 fois! On peut se demander quelle est l’utilité d’établir un plafond de la dette...

La crise financière a fait mal, mais ces déficits sont surtout le résultat d'une tendance lourde, qui s’aggravera avec le temps. Depuis le début des années 1990, les dépenses (comme celles des programmes sociaux Medicare, Medicaid, et de la sécurité sociale pour les aînés et les démunis) ont augmenté plus vite que les revenus et le PIB. Avec l’arrivée des baby-boomers à la retraite et l'augmentation de l’espérance de vie, ces dépenses obligatoires, auxquelles s'ajoutent les paiements d’intérêt sur la dette, absorberont tous les revenus du gouvernement fédéral vers 2038, selon le bureau du Budget du Congrès (CBO).

Les politiciens américains devront se résoudre à réduire les dépenses dans les villes, les États et au gouvernement fédéral. Cette réduction aura des répercussions sur les affaires des entreprises canadiennes qui obtiennent des contrats gouvernementaux de fourniture de biens et de services. Washington pourrait aussi augmenter les taxes et les impôts. Compte tenu de leurs propos et de leur courage en politique, les politiciens choisiront d'abord cette option. Or, une charge fiscale accrue entraînera une réduction de la consommation et des investissements américains, deux facteurs clés de la croissance canadienne, et des débouchés pour nos exportations.

UNE TPS AMÉRICAINE?

Si les États-Unis instauraient une taxe de vente fédérale semblable à la TPS canadienne au taux de 5 %, cette taxe ne ferait que repousser d’une dizaine d’années le problème budgétaire américain, selon Germain Belzile et Jean-François Minardi, respectivement professeur à HEC Montréal et analyste en politiques publiques à l’Institut économique de Montréal, auteurs de la publication Le Point sur les finances publiques des États-Unis. Si Washington voulait compenser la hausse des dépenses obligatoires mentionnée précédemment, la taxe devrait s’élever à 15 % en 2035, soutiennent les auteurs du rapport, ce qui aurait une incidence directe sur notre économie. Le marché américain risque donc d'être moins attrayant dans l'avenir, surtout si la reprise tarde à se concrétiser, et si les Américains retrouvent leurs réflexes protectionnistes, au détriment du libre-échange.

Toutefois, de 2007 à 2012, la proportion des exportations canadiennes de marchandises vers les États-Unis a reculé, passant de 79 % à 74,5 %, comme celle des importations de produits américains au Canada, passée de 54,2 % à 50,6 %. Une meilleure diversification des partenaires commerciaux de la part des exportateurs canadiens constitue une solution logique.

À propos de l’auteur

David Descôteaux


David Descôteaux est chroniqueur économique dans la région de Montréal.

comments powered by Disqus

Faits saillants

Mettez vos connaissances à jour et élargissez votre réseau grâce à ce colloque à ne pas manquer (en anglais), qui porte sur les questions et tendances essentielles pour les membres des comités d’audit.

Dans votre entourage se tapit sûrement une personne surendettée. Si vous êtes observateur, vous reconnaîtrez l’un ou plusieurs de ces symptômes.