Économie : retour à un optimisme prudent

Les nouvelles sont bonnes pour l’économie mondiale en ce moment. Cependant, ce ne serait pas la première fois depuis la récession de 2008 que les prévisions officielles s’avèrent trop optimistes. Y aurait-il des ombres au tableau?

Les prévisions de croissance mondiale sont nettement plus encourageantes ces derniers mois. C’est le cas notamment des prévisions du Fonds monétaire international, selon lesquelles la croissance mondiale sera de 3,6 % cette année, comparativement à un faible 3 % l’an dernier, et atteindra 3,9 % l’an prochain.

L’amélioration est grande : à l’échelle mondiale, ce sont 400 milliards de dollars américains de revenus et 24 millions d’emplois de plus que l’an dernier. Cette nouvelle a de quoi réjouir les centaines de millions de travailleurs sans emploi que compte la planète.

Selon ces prévisions, les grandes économies émergentes, dont la Chine, l’Inde et le Brésil, connaissent un certain repli, mais les pays avancés progressent enfin.

Aux États-Unis, après deux années gâchées par l’incertitude quant à la capacité du Congrès à juguler l’énorme déficit budgétaire, les entreprises et les consommateurs reprennent enfin espoir en voyant redémarrer la production de pétrole et de gaz ainsi que le commerce international.

De son côté, la Banque centrale européenne (BCE) a réussi à convaincre les intervenants de sa volonté de soutenir les marchés obligataires fragilisés par l’incertitude entourant la capacité du Portugal, de l’Italie, de la Grèce et de l’Espagne à rembourser leurs dettes. La BCE aidera donc ces pays, le temps qu’ils mettent de l’ordre dans leurs finances, à maintenir des taux d’intérêt raisonnables et à éviter l’agitation sociale.

Au Japon, où l’économie souffrait depuis une vingtaine d’années du niveau élevé de la dette publique, du vieillissement rapide de la population et de la lourdeur de la réglementation, le gouvernement semble être, malgré son arrivée au pouvoir assez récente, bien engagé sur la voie des réformes.

Quant aux petits marchés émergents, ils sont nombreux à conserver un rythme de croissance très encourageant. C’est le cas de l’Afrique subsaharienne, des pays d’Amérique latine formant l’Alliance du Pacifique et de quelques États de l’Asie du Sud-Est, comme le Vietnam, qui ont ouvert leur économie et qui bénéficient du fait que le Japon redirige ses investissements de la Chine vers d’autres pays. Ce sont de bonnes nouvelles!

La prudence s'impose

Cela dit, depuis la grande récession de 2008, les prévisions officielles se sont souvent montrées trop optimistes. Y aurait-il des ombres au tableau? Aux États-Unis comme au Japon, les mesures adoptées pour stimuler l’économie servent d’abord à gagner du temps. Jusqu’à ce que les réformes prévues visant la réglementation, le marché de la main-d’œuvre et d’autres obstacles à la concurrence qui minent la croissance depuis trop longtemps soient entreprises, la prudence s’impose. De même, l’accélération de la croissance en Chine et en Inde est tributaire du succès de réformes qui s’annoncent difficiles. La Chine tente de nettoyer le bilan des institutions financières d’État et s’expose ainsi à un resserrement du crédit qui n’est pas sans danger. De son côté, au sortir d’une année électorale, l’Inde devra poursuivre sa réforme des secteurs clés de l'énergie, de la finance et du commerce pour retrouver la forte croissance qu’elle a connue avant 2012. Et dans beaucoup d’autres économies qui pourraient être prometteuses, des problèmes endémiques tels que les conflits civils, la corruption ou le dirigisme archaïque nuisent à l’essor de la classe moyenne. Par ailleurs, le véritable test de la vigueur de l’économie mondiale reste à venir : la remontée des taux d’intérêt. Tant que l’inflation sera faible, les banques centrales hésiteront à mettre fin aux palliatifs instaurés pour éviter une crise du crédit. Or, beaucoup croient que le retour de l’inflation n’est qu’une question de temps. Lorsque les taux remonteront, certains emprunteurs, y compris des États, se trouveront en difficulté. La route menant à la reprise économique n’est pas sans obstacle, mais il y a de bonnes raisons de demeurer positif, du moins pour le moment. Bon été!

À propos de l’auteur

Daniel Schwanen


Daniel Schwanen est vice-président adjoint, Recherche, à l’Institut C.D. Howe à Toronto.

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