Retraite : Une facture plus salée que prévu

Si le plan du maire de San José, qui s’attaquera aux déficits des régimes de retraite des employés municipaux, est jugé légal par la cour, d'autres villes voudront emboîter le pas.

En Californie, une importante bataille a cours, et son issue pourrait bouleverser les projets de retraite de beaucoup d’entre nous.

Les maires et les experts en faillites municipales ont les yeux rivés sur la ville de San José. Le maire Chuck Reed se bat en cour pour faire accepter un plan qui s'attaquera aux déficits des régimes de retraite des employés municipaux. Ces régimes, y compris la couverture médicale, absorbent 20 % des fonds généraux de la ville, et ce sera pire l'an prochain. Faute d'argent, des bibliothèques restent fermées et la Ville a congédié des pompiers, rapporte le New York Times.

Voici certains points du plan de M. Reed, approuvé par 70 % des participants à un référendum sur la question. Si un employé veut préserver son régime actuel, il devra cotiser beaucoup plus. S’il refuse, on lui offrira un régime moins généreux qui comprendra le report du moment de sa retraite et la diminution de l’indexation de ses rentes. Les futurs employés ne pourront souscrire qu’à des régimes à cotisations déterminées, lesquels, à l’instar des RÉER, sont assujettis aux aléas des marchés boursiers. Il n’y aura plus de régimes de retraite garantis, que les contribuables doivent renflouer si les marchés piquent du nez.

Les syndicats s’opposent fermement à la proposition du maire de San José. Si la cour juge que ce plan de redressement est légal (la décision finale pourrait prendre du temps, et les deux parties ont promis de faire appel en cas de défaite), d'autres villes voudront emboîter le pas à ce plan.

Promesses impossibles à tenir

J'espère que nos politiciens surveilleront de près ce qui se passera à San José. Ici également, la réalité mathématique s'apprête à nous frapper de plein fouet. Selon une étude de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante menée en 2012, les engagements sous-capitalisés des régimes de retraite publics au pays (à Ottawa, dans les provinces et dans les villes) dépasseraient les 300 milliards de dollars. Cette étude s'appuyait sur des chiffres de Statistique Canada et sur ceux des comptes publics. Un véritable boulet de 9 000 dollars pour chaque homme, femme et enfant au Canada.

Une horde de baby-boomers file vers la retraite. Ils vivent plus vieux, et leur retraite coûte de plus en plus cher. Or, nos gouvernements n'ont pas mis assez de fonds de côté et les faibles taux d'intérêt plombent les rendements. On ne peut certes refiler toute la facture aux contribuables par des hausses de taxes. La plupart n'ont pas de régime de retraite de leur employeur, encore moins la version dite blindée. Un citoyen doit-il peiner jusqu'à 70 ans pour financer la « Liberté 55 » de son voisin?

On ne peut pas blâmer les fonctionnaires. Ils ont négocié de bonne foi leurs conditions d’emploi, et ils s’attendent à ce que le gouvernement tienne parole. Les vrais coupables sont les politiciens d'hier, qui ont fait des promesses pour gagner des votes. Et les élus actuels ont adopté la politique de l’autruche.

Agir maintenant

On peut espérer qu'un boom économique nous permette de nous en sortir ou que les taux d'intérêt grimpent pour augmenter les rendements, comme c’est le cas depuis quelques mois. Mais il y a peu de chances que les deux scénarios perdurent en même temps! Si les taux augmentent trop rapidement, on risque d'étouffer le consommateur canadien déjà fort endetté. Nous devons agir sans tarder en convenant d’un partage des coûts. Certaines villes et provinces canadiennes ont commencé en haussant les cotisations de leurs employés. Pour sa part, le Nouveau-Brunswick a lié une partie de ses recettes futures à la performance des marchés. L'issue de la bataille juridique de San José pourrait donner d'autres idées à certains.

À propos de l’auteur

David Descôteaux


David Descôteaux est chroniqueur économique dans la région de Montréal.

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