L’éthique des affaires, est-ce possible?

L’auteure de cette chronique traite de l’éthique des affaires et se demande pourquoi autant de personnes croient qu’en affaires, l’éthique n’existe pas.

Lorsqu’on m’a proposé d’enseigner l’éthique des affaires à l’Université de Waterloo, cette perspective s’annonçait à la fois attrayante et stimulante. Par contre, les réactions de mes amis et de mes collègues m’ont quelque peu désarmée : « C’est bien pour toi, c’est très important! », « L’éthique des affaires ? N’est-ce pas une antithèse? »

Et ce scepticisme quant à l’éthique des affaires frappe aussi les étudiants. Dans une étude de cas où un comptable récemment diplômé se fait demander de tenir un deuxième jeu de livres comptables frauduleux, je leur demande ce qu’ils feraient dans une telle situation. Plusieurs avouent qu’ils toléreraient cette fraude, du moins pendant quelque temps (« suffisamment pour obtenir de bonnes références »). Quand je leur demande de s’expliquer, ils se justifient ainsi : « C’est le tout premier emploi du comptable », « Peut-être bien que toutes les entreprises fonctionnent ainsi ».

À la fin du semestre, j’espère avoir amené les étudiants à mieux comprendre les conséquences de leurs actes et les motifs qui poussent des gens honnêtes à commettre des gestes répréhensibles, et à réaliser qu’en fait, d’autres avenues s’offrent à eux. Mais mon étonnement persiste devant la présomption largement répandue qu’en affaires, l’éthique n’existe pas, et que toutes les entreprises agissent de façon contraire à l'éthique quand elles savent pouvoir s’en tirer en toute impunité.

Il ne fait aucun doute que c’est tentant. Pour les entreprises et leurs dirigeants, la réussite est leur récompense. À tout le moins à court terme, les profits peuvent être optimisés en réduisant les coûts, même si la sécurité du client ou du fournisseur peut être compromise. Taire un problème de sécurité d’un produit ou recourir à des usines à l’étranger où les conditions de travail sont dangereuses peut être payant – et on s’efforce alors de ne pas se soucier des conséquences humaines, même si on s’inquiète de la publicité négative s’il y a des pertes de vie. Éviter de communiquer des risques financiers dans le bilan ou présenter des pots-de-vin comme des frais de consultation se fait couramment. Dans un contexte de concurrence mondiale extrême, il n’est pas étonnant que le grand public croit que les gens d’affaires sont prêts à tout (ou devraient l’être) pour gonfler les profits (ou les actions, ou les primes, selon le point de vue), à moins de contrevenir à la loi… ou de risquer de se faire prendre.

Par ailleurs, aucun de nous ne croit mal agir. Ce sont les autres qui commettent les mauvaises actions, ou c’est le système qui n'est pas fait pour encourager les gens à suivre les règles. On est convaincu que jamais on ne trichera ou ne causera sciemment de préjudice. Si nous sommes tous si bons, pourquoi pense-t-on que l’éthique est impossible en affaires? Pense-t-on vraiment qu’on n’a d’autre choix que de faire comme la minorité des tricheurs?

Je ne suis pas naïve, mais je suis convaincue que pour réussir à long terme, les entreprises en général et les professions en particulier doivent s’en remettre à la confiance des clients et du marché. Une éthique douteuse sape la confiance. Les gens qui s’estiment bernés vont ailleurs. Des études récentes ont tenté de chiffrer ce que coûte la fraude en investissements perdus dans la zone BRICS. Les nouvelles économies ne devraient pas être les seules à s’inquiéter. Il est important de débattre de l’éthique en affaires. Mon but n’est pas de pontifier ou de prêcher, mais plutôt de soulever la controverse. Qu’y a-t-il d’éthique dans la délocalisation, la hausse de la rémunération des dirigeants, la fabrication de produits nocifs comme le tabac, et les conseils d’administration entièrement composés d’hommes blancs? La transparence est-elle vraiment la solution aux comportements douteux? Pourra-t-on refaire confiance à Wall Street? J’aimerais bien savoir ce que vous en pensez.

À propos de l’auteur

Karen Wensley


Karen Wensley, MBA, est chargée de cours en éthique professionnelle à l’Université de Waterloo et associée retraitée d’EY.

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