Le grand jeu commercial du Pacifique

Les 12 pays du Partenariat transpacifique partagent un désir de libéralisation des marchés mondiaux.

L’économie mondiale est certes demeurée fragile depuis son premier rebond après la crise financière de 2008. Toutefois, la situation serait bien pire si les grandes puissances économiques n’avaient pas convenu de résister au protectionnisme commercial.

Dans la logique protectionniste, un pays devrait ériger des barrières contre les importations pour protéger ses emplois à l’échelle nationale. Cependant, s'il s’engage dans cette voie, les autres pays réagiront par des représailles contre lui. Dans une économie mondiale intégrée, une telle réaction en chaîne aurait des effets économiques dévastateurs.

Nous devrions donc être reconnaissants aux gouvernements de ne pas avoir succombé à ce protectionnisme. Toutefois, bien peu ont franchi l’étape logique suivante, soit l’adhésion à un système de commerce international véritablement ouvert.

L’Organisation mondiale du commerce, qui compte quelque 160 pays membres, bat de l’aile. Depuis plus de douze ans, elle essaie de mettre à jour les règles commerciales mondiales, qui datent de 1995. Ces règles maintiennent de nombreuses barrières dans des secteurs traditionnels comme l’agriculture, sans libéraliser suffi samment les échanges des secteurs émergents comme celui des services.

L’une des principales raisons de l’impasse est l’incapacité des pays en développement et des pays développés à surmonter leurs fortes divergences à l’égard des secteurs émergents et de questions comme la protection des investissements et de la propriété intellectuelle.

C’est pourquoi les récents pourparlers commerciaux entre douze pays du Pacifique, le Partenariat transpacifique (PTP), sont si prometteurs. Ces pays représentent près de 40 % de l’économie mondiale. Très diff érents les uns des autres sur le plan de la taille, des institutions et du degré de développement, ils partagent le même désir de libéralisation des marchés.

Le PTP devrait donc améliorer l’accès aux marchés publics, réduire l’incohérence réglementaire entre les pays, établir des règles de concurrence loyale pour les sociétés d’État et surtout supprimer les obstacles pour les PME.

Le PTP fait lui-même face à des divergences majeures, notamment sur le degré de protection à accorder à la propriété intellectuelle et aux investissements. Les pays du PTP doivent aussi intégrer à leur accord global les accords que certains d’entre eux ont déjà avec d'autres pays membres du PTP, et ce, sans générer une série de règles déconcertantes pour les exportateurs. Le Vietnam et les États-Unis jouent un rôle central dans ces négociations. Leurs intérêts divergent dans une certaine mesure sur les questions susmentionnées, mais les deux surveillent l’enjeu encore plus important de la concurrence avec la Chine, dont n’osent parler les membres du PTP.

Les États-Unis ont désespérément besoin de relancer leur économie pour réduire leurs dettes (publique et extérieure) et voient le renforcement de leur compétitivité commerciale comme un moyen pour y parvenir. Pour sa part, le Vietnam espère qu’une concurrence accrue contribuera à son effi cience économique, lui permettant de quitter un modèle de croissance fondé sur le faible coût de la main-d’oeuvre.

Le Japon espère aussi que le PTP l’aidera à réformer son économie et à sortir du marasme dans lequel il est plongé depuis trop longtemps. Quant au Mexique, il considère le PTP comme une occasion de retrouver en partie la compétitivité perdue depuis l’entrée en vigueur de l’ALENA il y a 20 ans.

Pendant ce temps, tout en demeurant de fervents partisans du PTP, des pays fortement agricoles comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont été déçus par l’adhésion récente au PTP de pays, tels le Canada et le Japon, qui ont des politiques protectionnistes de longue date dans des secteurs agricoles clés. Cela risque de réduire considérablement les mesures de libéralisation souhaitées par le PTP.

Les pays du PTP estiment que leur partenariat stimulera les économies nationales. À mon avis, ils ont raison. Un accord favorisera l’esprit entrepreneurial mis à mal par la récente récession mondiale, et pourrait être le facteur dont le monde a besoin pour sortir complètement de la crise.

À propos de l’auteur

Daniel Schwanen


Daniel Schwanen est vice-président adjoint, Recherche, à l’Institut C.D. Howe à Toronto.

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