Le dilemme annuel : REER ou remboursement hypothécaire?

Le choix entre cotiser à son REER et rembourser son emprunt hypothécaire dépend de la situation de chacun.

Chaque année, en janvier, revient la question suivante : devrais-je cotiser à mon REER ou réduire le solde de mon emprunt hypothécaire? Bien sûr, les vendeurs de REER vous recommanderont la première option, car plus le volume des fonds qui leur sont confiés sera important, plus le total des frais de gestion qu'ils pourront exiger sera élevé. Mais est-ce vraiment le meilleur choix?

Tout dépend de votre situation.

D’abord, notons que la question n’est jamais formulée ainsi : vaut-il mieux cotiser à un REER ou régler le solde impayé d’une carte de crédit dont le taux d’intérêt annuel est de 20 %? La réponse est évidente. Une personne ayant une dette portant intérêt à un taux aussi élevé ne devrait pas cotiser à un REER. En effet, aucun type de placement actuellement offert sur le marché ne permet d’obtenir bon an mal an un taux de rendement après impôts et frais supérieur à 20 %.

Reformulons donc la question : en l’absence de dette à taux d’intérêt élevé, est-il préférable de cotiser à un REER ou derembourser un emprunt hypothécaire?

D’emblée, on vous répondra : cotisez à votre REER, puis utilisez votre remboursement d’impôts pour réduire votre solde hypothécaire. Prêtons-nous donc à l’exercice. Vous disposez de 10 000 $. Votre taux d’imposition marginal au moment où vous encaisserez votre REER sera de 40 %, comme c'est le cas actuellement.

Supposons que votre REER ait un rendement de 4 %, après déduction des frais, et que le taux effectif annuel de votre prêt hypothécaire est de 4 %, soit le taux préférentiel – actuellement de 3 % – plus 1 %. Aux fins de la comparaison, prenons une période de 10 ans.

La première option consiste à réduire de 10 000 $ le solde hypothécaire. Dans ce cas, vous n’aurez rien dans votre REER, mais votre dette hypothécaire sera inférieure de 10 000 $ pour toute la période de dix ans.

La seconde option consiste à placer les 10 000 $ dans un REER, et à utiliser le remboursement d’impôts de 4 000 $ pour ramener le solde hypothécaire à 6 000 $.

Dix ans plus tard, compte tenu d'un taux d’intérêt composé annuel de 4 %, votre REER vaudra 14 802 $. L’argent que vous en retirerez sera imposé au taux marginal de 40 %. Il vous restera alors 8 881 $.

Or, pendant ces 10 ans, les intérêts, soit 2 881 $, s’ajouteront à votre solde hypothécaire de 6 000 $, pour un total de 8 881 $. Vous pourrez alors employer les 8 881 $ de votre REER au remboursement de votre solde hypothécaire, dont le montant sera identique. Vous obtiendrez donc le même résultat que si vous aviez choisi la première option : rien dans le REER, et plus aucune dette.

Soulignons toutefois deux points : premièrement, cette analyse suppose un taux d’imposition marginal constant. Si vous prévoyez encaisser votre REER à un moment où votre taux d’imposition marginal sera moins élevé qu'actuellement, l’option REER sera la plus avantageuse. Si, au contraire, vous prévoyez que votre taux d’imposition marginal à l’encaissement aura augmenté, la réduction du solde hypothécaire et le meilleur choix. Dans notre exemple, si votre taux d’imposition marginal est de 46 % actuellement et de 36 % à l’encaissement de votre REER, l’option du REER vous fera gagner 1 480 $. Par contre, si votre taux d’imposition marginal est de 36 % actuellement et de 46 % à l’encaissement, la réduction du solde hypothécaire sera alors plus avantageuse, et représentera des économies du même montant.

Deuxièmement, il faut tenir compte de l’évolution des taux de rendement des placements et des taux hypothécaires. Selon Fiscal Agents, un courtier en dépôts, le taux d’intérêt moyen d’un prêt hypothécaire fermé de cinq ans était, au début de novembre 2013, de 4,14 %. Si votre taux d’imposition marginal demeure le même, êtesvous vraiment certain que votre REER vous rapportera autant? Si c’est le cas, cotisez à votre REER, sinon optez pour la méthode la plus sûre : réglez votre dette au plus tôt.


À propos de l’auteur

David Trahair


David Trahair, CPA, CA, chroniqueur, conférencier et auteur, a publié cinq ouvrages sur les finances personnelles. Son plus récent, rédigé pour CPA Canada, s’intitule Retraite et procrastination : guide de survie. Site web : www.trahair.com

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