Le pétrole sous toutes réserves

Pour les territoires qui dépendent du pétrole, le dernier recul des prix rappelle l’importance de diversifier l’économie.

Le marché du pétrole est volatil. Lors de la crise économique mondiale d’il y a cinq ans, le pétrole coûtait moins de 50 $ américains le baril après avoir atteint un pic de 140 $ américains un an plus tôt. Il a ensuite franchi le cap des 100 $, toujours en devises américaines, lorsque l’économie mondiale s’est stabilisée. Cette année, il est passé de 115 $ américains en juin à moins de 85 $ américains en octobre, malgré l’agitation politique dans d’importantes régions productrices. Cette baisse amène les chefs de l’industrie, les gouvernements, les opérateurs de marché et les consommateurs à revoir leurs prévisions économiques et financières à moyen terme.

La volatilité actuelle est moins prononcée que celle observée en 1986, lorsque les cours du pétrole brut ont chuté de 50 % en quelques mois.

Cela dit, il semble que le ralentissement des économies florissantes d’Asie et d’Amérique du Sud responsables de la hausse de la demande, conjugué à l’exploitation de pétrole à l’aide de nouvelles technologies (comme l’extraction du pétrole de schiste aux États-Unis), changera la donne à moyen terme. Premier producteur mondial de brut jusqu’en 1974, les États-Unis exportent à nouveau de plus en plus de pétrole depuis la fin de 2013.

Par conséquent, bien des pays dont l’économie dépend largement des exportations de pétrole, comme le Venezuela et le Nigeria, doivent trouver de nouveaux clients pour maintenir leurs revenus. D’autres producteurs, comme la Russie, constatent que leurs menaces de couper l’approvisionnement en pétrole et en gaz pour des raisons politiques portent moins, car l’offre mondiale est abondante.

Il y a probablement un prix à partir duquel plusieurs producteurs abandonneront le marché libre devant l’insuffisance des profits. Certains experts estiment que le pétrole de schiste pourrait se vendre bien en deçà de 65 $ américains le baril. Mais, pour l’instant, aucun producteur n’a fermé le robinet.

La pression à la baisse sur les prix devrait donc se poursuivre jusqu’à ce que l’économie mondiale sorte de son marasme, ce qui, à mon avis, se produira en 2015. Cependant, même alors, il se pourrait que les cours ne regagnent pas tout le terrain perdu.

La baisse des prix du pétrole préoccupe les producteurs, mais elle donne un coup de pouce aux consommateurs, aux fabricants ainsi qu'aux secteurs du transport et des services (notamment le tourisme), pour qui les coûts d’énergie constituent une dépense importante. Toutefois, les parties concernées ne réagiront pas nécessairement toutes avec le même empressement.

Si les prix continuent de baisser, les producteurs décideront probablement de ralentir leurs investissements ou de réduire la production, tandis que les consommateurs de pétrole préféreront peut-être garder une partie des économies réalisées au lieu de les dépenser, tant qu’ils ne sauront pas combien de temps durera leur bonne fortune.

Une nouvelle baisse importante des prix du pétrole pourrait nuire à la demande mondiale à court terme. En empêchant une chute des investissements dans les projets pétroliers, la stabilisation des prix du pétrole serait de meilleur augure pour l’économie mondiale que d’autres baisses marquées.

La stabilité de l’approvisionnement à long terme, dont bénéficierait l’économie mondiale, dépend des perspectives de sécurité internationale, de la construction d’oléoducs et d’autres installations favorisant la diversification géographique des fournisseurs comme des consommateurs, ainsi que des politiques énergétiques et environnementales mondiales. Or, l’évolution de ces facteurs est incertaine. Il faut par conséquent s’attendre à plus de volatilité.

Aux territoires qui dépendent du pétrole, ce recul des prix rappelle l’importance de diversifier l’économie de même que de réaliser des économies afin de faire face à une baisse des revenus. Les consommateurs doivent profiter de cette baisse, tant qu’elle durera.

À propos de l’auteur

Daniel Schwanen


Daniel Schwanen est vice-président adjoint, Recherche, à l’Institut C.D. Howe à Toronto.

comments powered by Disqus

Faits saillants

Mettez vos connaissances à jour et élargissez votre réseau grâce à ce colloque à ne pas manquer (en anglais), qui porte sur les questions et tendances essentielles pour les membres des comités d’audit.

Dans votre entourage se tapit sûrement une personne surendettée. Si vous êtes observateur, vous reconnaîtrez l’un ou plusieurs de ces symptômes.