La leçon oubliée

Une autre crise pourrait éclater si nous continuons à vivre au-dessus de nos moyens et à reporter toujours à plus tard le moment de payer la facture.

Avez-vous le sentiment que la crise financière de 2008 est loin derrière nous? Qu'un tel événement ne risque pas de survenir de nouveau? C'est une erreur, pour la simple raison que nous n'avons tiré aucune leçon de cette crise.

Jusqu’à présent, les banques centrales ont redoublé d'imagination pour limiter les dégâts et pour gagner du temps. On doit admettre qu'elles ont réussi, même si les conséquences du maintien de faibles taux d'intérêt et de l'ajout massif de liquidités dans l'économie demeurent incertaines.

Là où le bât blesse, c'est qu'on ne s’est pas attaqué aux sources de cette crise. Le sol s'est dérobé sous nos pieds en 2008 parce que les consommateurs avaient accumulé d'énormes dettes, influencés par les banques et par les autres institutions financières qui prêtaient à tous les vents. Il y a un principe incontournable en économie : rien n'est gratuit. Ce que nous consommons à crédit aujourd'hui, nous devrons le payer demain. Une autre crise pourrait éclater si nous continuons à vivre au-dessus de nos moyens et à reporter toujours à plus tard le moment de payer la facture.

Le taux d'endettement des Canadiens bat des records, oscillant autour de 164 % du revenu disponible. Par conséquent, un Canadien moyen doit payer 1,64 dollar pour chaque dollar qu'il gagne au cours d'une année. Plus de la moitié des travailleurs canadiens (51 %) vivent d'une paie à l'autre, et auraient peine à respecter leurs obligations financières si le versement de leur salaire était retardé, ne serait-ce que d’une semaine. Encouragés par les faibles taux d'intérêt, les Canadiens ont continué de cumuler les dettes pendant et après la crise, provoquant ainsi la folie immobilière qui sévit actuellement au pays. La société TransUnion estime que durant les cinq années suivant la crise, l'inflation a augmenté de 9 %, mais les dettes hors hypothèque, comme les cartes de crédit, les prêts automobile et les marges de crédit, ont bondi de 37 %.

D'ailleurs, comme le soulignait récemment un article du Financial Post, il n'est pas étonnant que l'industrie automobile canadienne se soit aussi bien relevée de la crise. La majeure partie de la récente hausse des dettes de consommation provient des prêts automobile, dont on peut maintenant échelonner les paiements sur huit ans!

Le plaisir immédiat


Loin de moi l'idée de jouer au moralisateur; je participe, comme nous tous, à la société de consommation. Mais il semble que notre vie s’organise de plus en plus en fonction d’un système économique qui incite à dépenser. Les experts en marketing nous bombardent de biens de consommation que nous nous procurons souvent sans avoir réellement les moyens de nous les payer. Nous voulons obtenir une gratification instantanée que nous devons renouveler sans cesse, ou nous souhaitons faire mieux que le voisin.

Il est devenu très facile d’aller en vacances dans le Sud chaque année ou de changer d'automobile pour le plus récent modèle (il ne coûte pas 25 000 $, mais seulement 189 $ par mois!). Toute la stratégie marketing est désormais établie sur la possibilité de consommer certains biens, même si ces derniers n’étaient pas auparavant à la portée de notre bourse.

De toute évidence, les gouvernements suivent la même tendance. Ils s'endettent et repoussent l’acquittement des factures. Ils sont le reflet de leurs électeurs : ils pensent à court terme, et « achètent des votes » à crédit.

Nous devrons changer notre mentalité de consommateurs et d'électeurs, sinon l'histoire de la crise de 2008 risque de se répéter, quels que soient les lapins que les banques centrales feront apparaître de leurs chapeaux pour gagner du temps.

À propos de l’auteur

David Descôteaux


David Descôteaux est chroniqueur économique dans la région de Montréal.

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