Transparence, dites-vous?

De nos jours, le mot à la mode en éthique des affaires est « transparence. » Et pourtant, les organisations cherchent encore à en dire le moins possible aux parties prenantes tout en respectant leurs obligations juridiques.

Comme tout autre domaine, l'éthique des affaires a ses slogans. Il y a quelques années, c'était « la direction donne le ton ». Le raisonnement était le suivant : pour que les employés aient un comportement éthique, la direction doit donner l'exemple et faire valoir l'importance d'un tel comportement pour l'organisation.

Or, dans beaucoup d'entreprises, le chef de la direction parlait d'éthique, mais rien de concret dans l'organisation ne concordait avec le message : les régimes de rémunération demeuraient injustes et on continuait de placoter sur les façons de berner les clients, de s'attirer les faveurs des représentants gouvernementaux et de réussir aux dépens des collègues. On donnait des primes en fonction du chiffre d'affaires réalisé, sans égard aux méthodes utilisées. Les employés ne sont pas stupides : quand ils voient qui est récompensé et pourquoi, ils comprennent ce qui compte vraiment pour l'organisation. D'où les nombreux scandales qui ont été dévoilés.

Aujourd'hui, le mot à la mode est « transparence ». Les organisations promettent une gestion ouverte et transparente. Le raisonnement actuel est le suivant : si les parties prenantes ont accès au fonctionnement des organisations (si elles voient comment et pourquoi les décisions sont prises, ainsi que les effets de ces décisions), les organisations seront forcées d'agir de manière plus éthique. Entreprises, organismes de bienfaisance et gouvernements travailleront dans l'intérêt à long terme de leurs actionnaires, bénéficiaires et citoyens, plutôt que de penser uniquement aux prochains résultats trimestriels, aux collectes de fonds et aux élections.

La réalité est pourtant bien différente. L'objectif de transparence a été détourné au profit de considérations juridiques. On inonde les parties prenantes d'informations en utilisant un langage que seuls des spécialistes peuvent comprendre.

Il nous est tous arrivé de cliquer sur le bouton « J'accepte » au moment d'accéder à un site Web, pour passer plus vite à l'écran suivant. Ces modalités détaillées que nous acceptons n'augmentent pas notre compréhension de nos droits et n'incitent pas non plus l'entreprise à un plus grand respect de nos renseignements personnels ou de nos autres droits. L'organisation peut cependant se targuer d'être « transparente ».

Il en va de même pour la communication de l'information financière. Il y a quelques années, j'ai assisté à l'assemblée générale annuelle d'une jeune société de technologie qui n'avait pas encore réalisé de revenus. Les dépenses de R&D constituaient une large part de l'état des résultats. Au bilan figuraient l'encaisse et les immobilisations corporelles, ainsi que le capital-actions et le déficit. Cependant, les états financiers comportaient 42 pages de notes. Personne à l'assemblée ne les a lues. Les gens voulaient seulement savoir combien de temps allaient durer les liquidités de l'entreprise.

Les actionnaires reçoivent des tonnes d'informations dont le contenu est soigneusement passé au crible par les avocats, les comptables, les relationnistes, etc.

On consacre à la préparation de ces informations des sommes et des heures incalculables. Tout cela part d'une bonne intention : fournir aux actionnaires les renseignements nécessaires pour qu'ils puissent prendre des décisions éclairées. Le hic, c'est que les organisations veulent toutes se présenter sous leur meilleur jour. Les organismes de bienfaisance ne souhaitent pas divulguer leurs frais d'administration. Les entreprises préféreraient ne pas rapporter une baisse de revenus. Quant aux gouvernements, n'en parlons pas.

Les organisations cherchent donc à en dire le moins possible aux parties prenantes tout en respectant leurs obligations juridiques. Si les entreprises voulaient vraiment faire preuve de transparence, elles se demanderaient : « Si j'étais actionnaire, qu'est-ce que j'aimerais savoir? » Pour diverses raisons (confidentialité des renseignements, contraintes juridiques, enjeux complexes), il est impossible de tout divulguer. Cependant, se demander ce que les actionnaires aimeraient comprendre, et non pas ce que l'entreprise veut leur faire entendre, pourrait résulter en une réelle transparence.

À propos de l’auteur

Karen Wensley


Karen Wensley, MBA, est chargée de cours en éthique professionnelle à l’Université de Waterloo et associée retraitée d’EY.

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