Russie, G8 et gouvernance mondiale

L'évolution de l'économie mondiale et celle de la Russie ont entraîné une remise en question du rôle du G8 et de la place qu'y occupe la Russie.

Les Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi ont été une réussite, en particulier pour le président Vladimir Poutine.

Comme tous les politiciens qui voient leurs efforts aboutir, il a manifestement savouré la visibilité internationale et la fierté nationale suscitées par l'événement.

À moins que l'invasion de la Crimée par la Russie n'entraîne un boycott, M. Poutine aura bientôt une autre occasion de mettre en évidence le rôle international de la Russie : le Sommet du Groupe des huit pays les plus industrialisés (G8) qui se tiendra à Sotchi les 4 et 5 juin prochains. Outre la Russie, le G8 regroupe les États-Unis, le Canada, le Japon et les quatre principales économies d'Europe.

La Russie est la huitième plus grande économie du monde. Après une pénible tentative de libéralisation des marchés à la suite de la chute de l'Union soviétique en 1991, elle s'est peu à peu imposée comme partie intégrante de l'économie mondiale, notamment en devenant membre de l'OMC en 2012.

Cependant, l'économie russe demeure structurellement faible. Elle subit toujours les effets des investissements massifs de l'ère soviétique dans des secteurs industriels sous-productifs, et reste très dépendante du secteur des ressources énergétiques.

Le produit intérieur brut (PIB) par habitant n'atteint pas le tiers de celui d'autres pays du G8, bien qu'il ait augmenté rapidement depuis le premier mandat de M. Poutine à la présidence en 2000.

Alors, comment la Russie a-t-elle réussi à entrer dans ce groupe d'économies plus avancées? Les leaders du G7 ont d'abord invité cette puissance nucléaire à se joindre à eux à titre d'observatrice afin d'y favoriser l'économie de marché et la démocratie, puis ils lui ont accordé le statut de membre à part entière en 1997.

Mais l'évolution de l'économie mondiale et celle de la Russie ont entraîné une remise en question du rôle du G8 et de la place qu'y occupe la Russie. Le rôle du G8 dans l'économie mondiale a considérablement diminué. Les pays du G7, qui ont naguère compté pour plus des trois quarts du PIB mondial, n'en représentent plus aujourd'hui que moins de la moitié. Les économies émergentes, notamment la Chine, l'Inde et le Brésil, occupent désormais une position bien plus importante dans l'économie mondiale.

Un nouveau forum, le G20, composé des pays du G8, des principales économies émergentes et d'autres pays, s'est imposé lors de la dernière crise économique comme une instance d'orientation, notamment en matière de coordination macroéconomique et de stabilité financière.

Dépossédé de son ancien rôle de leader économique, sauf pour ses interventions de stabilisation sur les marchés des changes, le G8 axe de plus en plus ses efforts sur des questions ciblées que la richesse et l'énorme supériorité militaire de ses membres lui permettent encore de traiter efficacement : sécurité internationale, droits de la personne, allégement de la dette, développement, santé et coopération fiscale. Toutefois, les conditions nécessaires à une action efficace du G8, notamment une communauté de points de vue sur les questions délicates de politique et de développement économique, incitent à se demander si la Russie, déjà membre légitime du G20 en raison de son poids économique, a aussi sa place dans le club plus sélect du G8.

Si le Sommet du G8 a lieu, M. Poutine présidera une réunion où il sera vu comme faisant bande à part, voire comme un acteur sans grande utilité.

La capacité ou non de la Russie à mettre en pratique le thème du sommet, soit la « Gestion des risques pour un développement durable dans un monde sécurisé », sera le test qui permettra de savoir si la Russie a sa place au sein du G8. En fait, il s'agit d'un test sur la pertinence du G8 en tant que tel.

À propos de l’auteur

Daniel Schwanen


Daniel Schwanen est vice-président adjoint, Recherche, à l’Institut C.D. Howe à Toronto.

comments powered by Disqus

Faits saillants

Le Canada célèbre son 150e anniversaire. Quant à nous, nous fêtons nos membres, les CPA canadiens. Dites-nous pourquoi vous portez avec fierté le titre canadien de CPA. C’est une fierté à partager : nous préparons une grande fête en juillet.

Participez à ce rendez-vous annuel (en anglais) des dirigeants financiers d’OSBL pour obtenir des conseils sur la gestion de votre organisation et tirer parti des connaissances d’experts.