La malédiction des ressources

La malédiction des pays riches en ressources non renouvelables n'a rien d'une fatalité, mais tient à une propension à faire de mauvais choix à long terme.

Pourquoi tant de pays bénis par une abondance de ressources naturelles non renouvelables comme les minerais et les combustibles sont-ils pauvres ou aux prises avec une croissance anémique? Le phénomène est si courant que les experts parlent de la « malédiction des ressources ».

Au nombre des pays frappés par cette malédiction, aujourd'hui ou dans un passé récent, citons, entre autres, la Libye, le Nigeria, le Congo, le Venezuela, la Russie, le Mexique, et Nauru, un état insulaire du Pacifique connu pour ses importantes réserves de phosphate.

Or, d'autres pays comme la Corée du Sud, la Suisse ou Singapour sont souvent salués pour leur niveau de vie remarquablement élevé malgré l'épuisement quasi complet de leurs ressources commercialisables.

Qu’en est-il donc de la malédiction des ressources?

Pour ce qui est des pays dont les ressources naturelles sont limitées, ils n'ont d'autre choix, pour atteindre un niveau de vie élevé, que de miser sur l'ingéniosité et l'innovation, et d’investir dans l'éducation et la formation. Il leur faut donc parvenir à un consensus politique et à un certain degré d'ouverture économique, de mobilité sociale et de liberté d'expression.

Les pays riches en ressources naturelles, eux, ont le choix : ils peuvent consommer ces ressources comme si elles étaient inépuisables, ou profiter de cette abondance pour investir dans une plus grande autosuffisance économique.

Dans plusieurs pays aux ressources abondantes, les revenus tirés de celles-ci donnent aux gouvernements et à leurs clients le pouvoir de maintenir un certain statu quo socioéconomique. Et même alors, il peut être difficile d’avoir les capitaux nécessaires à l'extraction des ressources s’il règne dans ces pays une aversion pour les investissements privés, particulièrement ceux provenant de l'étranger.

Dans certains pays, plusieurs conditions favorisent la malédiction des ressources : corruption, conflits entre groupes qui cherchent avant tout à répartir les bénéfices de l’extraction des ressources entre leurs commettants, redistribution de la richesse par les gouvernements sous forme de biens « gratuits » ou encore subventionnés. D'autres pays préfèrent investir massivement dans les institutions militaires ou celles chargées de maintenir l'ordre.

Après analyse, on constate que la malédiction des ressources n’a rien d’une fatalité, mais tient à une propension à faire de mauvais choix à long terme. Beaucoup de pays aux ressources abondantes, allant des États-Unis au Botswana, ont été en mesure, à un moment crucial de leur développement économique, de conjurer la malédiction en investissant dans l’éducation et les infrastructures, et en créant un environnement politique et économique stable, propice à une croissance durable. D'autres, comme la Norvège (riche en pétrole), ont su accumuler une bonne partie des revenus tirés de l'exploitation de leurs ressources non renouvelables au profit des générations futures.

Aujourd'hui, la valeur socioéconomique des ressources naturelles va bien au-delà de l'extraction et du transport de celles-ci. L’ingénierie, la recherche, les techniques, la gestion, la logistique, l’environnement, les services financiers et autres services professionnels contribuent de plus en plus à la valeur économique des activités d’exploitation durable des ressources. Les pays qui peuvent développer ces domaines bénéficient tout autant, sinon plus, de la demande mondiale de ressources que les pays incapables de voir plus loin que le modèle d'extraction de base.

En s'inspirant des pays aux ressources limitées, les pays riches en ressources ont donc la possibilité de conjurer cette malédiction et de prospérer. Ils doivent adopter des mécanismes de gouvernance suffisamment généraux, ouverts et stables pour faire profiter à tous des bénéfices de l'éducation et des investissements publics, et pour permettre aux personnes, aux collectivités et au milieu des affaires de déployer leur ingéniosité. Bien des pays cherchent encore à mettre en place de tels mécanismes; souhaitons-leur d’y parvenir.

À propos de l’auteur

Daniel Schwanen


Daniel Schwanen est vice-président adjoint, Recherche, à l’Institut C.D. Howe à Toronto.

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