Il faut une révolution en santé

Le vieillissement de la population ne fera qu’aggraver les problèmes de délais d'attente dans les années à venir. Il est temps de s’inspirer des pays sociaux-démocrates d’Europe et de faire entrer le secteur privé dans les hôpitaux.

Pour chaque dollar d'impôt et de taxes que je paie, 40 cents servent au financement du système de santé. Mais si j'ai besoin d'une opération à la jambe (comme c’est le cas), je devrai payer, encore, pour une opération dans une clinique privée, parce que le temps d'attente dans les hôpitaux publics de ma province est de 18 mois. Et quand mon fils de quatre ans tombe malade, je dois me rendre avec lui à la clinique du quartier à 5 h 30 du matin et faire la file, en croisant les doigts pour obtenir un rendez-vous avant la fin de la journée. Non, je n'en ai pas pour mon argent. Et je ne suis pas le seul.

Selon Statistique Canada, plus de 20 % des Canadiens sont incapables de trouver un médecin de famille dans six territoires et provinces, dont l'Alberta, la Saskatchewan et le Québec. Les délais d'attente pour certaines opérations sont inhumains à plusieurs endroits, et si un problème de santé vous force à vous rendre à l'urgence d'un hôpital, mieux vaut apporter vos sandwichs et des sous-vêtements pour une semaine...

Dans ce contexte, je ne suis pas surpris d'apprendre que le docteur Brian Day, ancien président de l'Association médicale canadienne, a intenté une poursuite contre le gouvernement de la Colombie-Britannique au nom de cinq patients « victimes » du système. Ceux-ci disent souffrir dans l'attente d'un traitement. Un sixième patient est décédé en attendant le procès, et une autre patiente s'est jointe à la poursuite après être devenue paraplégique. Ces plaignants exigent de pouvoir payer, notamment à l'aide d'une assurance privée, pour des soins dans des cliniques privées s'ils ne peuvent pas les recevoir à temps dans le système public. Le procès aura lieu en septembre prochain.

M. Day invoquera sûrement le jugement Chaoulli prononcé en 2005. Le médecin québécois Jacques Chaoulli avait plaidé que l'interdiction de contracter une assurance privée contrevenait au droit à la vie garanti par la Charte des droits et libertés. Il avait obtenu gain de cause en Cour suprême du Canada.

Qui a peur du privé?

Je n'ai jamais compris notre phobie collective du secteur privé dans le domaine de la santé. Pourtant, nous dépendons du secteur privé pour nous nourrir, pour subir une opération des yeux au laser ou pour nous faire arracher des dents. Mais nous préférons laisser croupir nos concitoyens sur une liste d’attente plutôt que d'accepter l'entrée du secteur privé dans les hôpitaux. Le secteur privé, sans être synonyme de solution miracle, peut fournir un apport important. Je ne parle pas d’imiter les États-Unis, mais plutôt les pays sociaux-démocrates d’Europe.

Au Danemark, si vous attendez plus d’un mois pour une opération, on vous envoie dans un hôpital privé. Aux Pays-Bas, les citoyens peuvent souscrire à des assurances privées, et les compagnies d’assurance n’ont pas le droit de refuser des clients. L'accès au système de santé demeure universel, et le gouvernement verse une allocation aux familles dont les primes représentent plus de 5 % de leurs revenus. En Suède, l’hôpital Saint-Georges est inscrit à la Bourse et est le plus apprécié de Stockholm. Les Suédois riches et pauvres s’y font traiter sans payer un sou. En France, 40 % des hôpitaux sont des établissements privés à but lucratif. Les opérations y sont accessibles à tous et payées par l’État. Les pays d’Europe ont compris que le secteur privé peut être utile dans le domaine de la santé. Ils comprennent aussi que le rôle de l’État consiste à assurer une couverture médicale à ses citoyens, et le service peut être fourni par des entrepreneurs, dans un contexte de concurrence.

Le vieillissement de la population ne fera qu’aggraver les problèmes de délais d'attente dans les années à venir. Inspirons-nous de l'Europe pour faire une place à nos entrepreneurs afin qu'ils contribuent à offrir des services de qualité aux Canadiens, dans des délais dignes d'un pays civilisé.