Est-il étrange d’oser vivre selon ses moyens?

Les mentalités changent à l’égard du logement et des dettes : aujourd’hui, on veut tout de suite ce qu’on remettait volontiers à plus tard, d’où une remise en question de valeurs qui faisaient consensus.

Il y a onze ans, mon mari et moi avons fièrement acheté notre première demeure, une modeste maison jumelée de 950 pieds carrés au centre de Toronto, sur deux étages, avec trois chambres à coucher, que nous habitons toujours avec notre fils de 10 ans. À l’époque, tous deux dans la trentaine, nous avions pris soin de prévoir la traditionnelle mise de fonds de 25 %. Aujourd’hui, nous avons chacun une situation enviable, mon époux comme urbaniste, et moi comme journaliste, sans pour autant toucher ni l’un ni l’autre le salaire élevé de certains professionnels bien rémunérés (les médecins et les avocats, par exemple).

Le ménage type, quoi! Pourtant, nous avons pris des décisions prudentes, qui ont surpris nos proches. Primo, nous avons emprunté la moitié de ce que la banque était disposée à nous prêter. Nous avons jeté notre dévolu sur une petite maison, sans pleinement exploiter notre potentiel d’endettement. Nous avons ainsi pu respirer : l’inquiétude qu’occasionne la perspective d’une perte d’emploi ou d’un revers de fortune s’est dissipée.

Secundo, nous avons opté pour une hypothèque à taux variable, mais assortie de versements à la quinzaine qui équivalaient à ce que nous aurions eu à payer pour un taux fixe de cinq ans. Autrement dit, nous avons versé chaque mois un peu plus que le minimum exigé — et l’excédent servait à rembourser le principal plutôt qu’à régler l’intérêt.

Ces décisions, conjuguées aux taux d’intérêt favorables de la dernière décennie, nous ont valu de retrancher 10 ans à notre période d’amortissement de 25 ans. Nous espérons avoir remboursé le prêt hypothécaire d’ici quatre ans. Et nous n’avons aucune intention de déménager. Nous n’avons jamais considéré notre maisonnette comme une « première maison », mais comme notre foyer.

Nos choix sont-ils à la portée de tous? Certainement pas. Nous avons eu de la chance, car nous avions un emploi stable et les taux d’intérêt étaient faibles. Sans compter que, à l’époque, le prix moyen d’une maison au Canada était inférieur à 300 000 $. Il dépasse aujourd’hui 450 000 $.

Ce qui est frappant, c’est que pour certains, nous avons pris des décisions étranges, voire insensées : pourquoi vivre dans un espace grand comme un mouchoir de poche? Pourtant, en 1975, la superficie moyenne d’une maison au Canada était de 1 050 pieds carrés, à peu près celle de notre maison, jugée minuscule aujourd’hui.

La journaliste américaine Catherine Baab-Muguira, qui a avoué l’an dernier dans le magazine Money qu’elle avait résolu d’acheter une petite maison même si elle avait les moyens de se loger plus richement, a vécu la même incompréhension. Sa sœur lui a carrément demandé pourquoi elle se contentait de si peu. Catherine Baab-Muguira y voit l’expression de valeurs faussées. C’est comme la fable de la cigale et de la fourmi : préférez-vous mener grand train, et vous endetter?Ou vivre modestement, et épargner?

Dans le même ordre d’idées, Sean Cooper, un Torontois de 30 ans, a fait les manchettes il y a quelques mois, car il avait remboursé en trois ans à peine un prêt hypothécaire de 255 000 $ sur une maison de 425 000 $. La nouvelle a donné lieu à une avalanche de moqueries. Si certains l’ont félicité, d’autres ont préféré ridiculiser son acharnement et son sens de l’économie.

Et maintenant que j’ai osé parler de mes choix, aurais-je droit, moi aussi, à une flambée d’attaques?

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Alors, faut-il vivre selon ses moyens, quitte à se débrouiller avec moins? Est-ce là une attitude qui frise le ridicule, à l’heure où il est si facile d’emprunter? Publiez vos commentaires ci-dessous.

Avertissement

Les vues et opinions exprimées par l’auteure dans le présent article ne représentent pas nécessairement celles des Comptables professionnels agréés du Canada (CPA Canada).

À propos de l’auteur

Tamar Satov

Directrice de la rédaction, CPA magazine
Tamar Satov, directrice de la rédaction à CPA Magazine, est journaliste spécialisée dans les questions liées aux affaires, à l’éducation des enfants et aux finances personnelles. Elle propose régulièrement des conseils et des anecdotes dans le cadre de ce blogue, où elle fait part de ses efforts pour faire l’éducation financière de son enfant. (@TamarSatov)

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