Vers la parité hommes-femmes

Au cours des dernières décennies, l’écart salarial entre les hommes et les femmes s’est rétréci, mais il y a encore place à amélioration. Quand les entreprises comprendront-elles qu’il y a un avantage économique à être à l’avant-garde dans le dossier de la parité salariale?

Lors de la Journée internationale des femmes, en mars dernier, l’Islande est devenue le premier pays du monde à exiger que les entreprises prouvent qu’elles offrent une rémunération égale pour un travail de valeur égale.

Les pays nordiques sont depuis longtemps reconnus pour leurs politiques progressistes : ils exigeaient déjà qu’au moins 40 % des membres des conseils d’administration des sociétés comptant plus de 50 employés soient des femmes. Or, voilà que l’Islande se classe au premier rang de l’indice d’égalité hommes-femmes annuel du Forum économique mondial, devançant ainsi ses sœurs, la Norvège, la Suède et la Finlande. Grâce à sa nouvelle loi, qui s’applique tant aux sociétés fermées qu’aux sociétés ouvertes de 25 employés ou plus, l’Islande, pays d’environ 320 000 habitants, vise la parité salariale d’ici 2022.

Pendant des décennies, l’équité salariale a été le mot d’ordre dans les milieux de travail, et, bien que des progrès aient été faits, ceux ci ont été plus lents que beaucoup de gens l’auraient souhaité, surtout ici en Amérique du Nord. Au Canada, nous avons un ensemble disparate de règlements, mais il n’existe aucune loi fédérale s’appliquant à toutes les sociétés, ouvertes et fermées. Le gouvernement fédéral oblige les sociétés de compétence fédérale (comme les banques et les compagnies d’assurance) à offrir une rémunération égale pour un travail de valeur égale, tout comme les entreprises qui exercent leurs activités en Ontario et au Québec. Ailleurs au pays, certaines provinces offrent, au mieux, la protection de la parité salariale aux employés de la fonction publique, mais la plupart des autres n’ont guère plus à offrir qu’un cadre flou pour les négociations sur l’équité salariale avec les employés du secteur public.

LA PARITÉ, BONNE POUR LES AFFAIRES

Dans le débat sur l’équité salariale, il est souvent question de droits, mais on peut avancer que la quête de la parité est avantageuse sur le plan des affaires. Francis Fong, économiste en chef de CPA Canada, est l’un de ceux qui croient que l’équité salariale est tout simplement bonne pour notre économie.

«La très forte croissance de l’économie à laquelle nous avons assisté est en grande partie attribuable à la place grandissante des femmes dans la population active au cours des années 1960, 1970 et 1980», fait remarquer M. Fong, entré au service de CPA Canada en février 2017, après neuf ans à la Banque TD. «Par ailleurs, on peut toujours faire valoir – et c’est un argument de poids – que les employeurs qui ont à choisir parmi un bassin à prédominance féminine – comme c’est le cas dans une économie de plus en plus axée sur le savoir – veulent être perçus comme équitables afin d’attirer les candidats les plus talentueux.»

Selon M. Fong, les inégalités salariales entre les sexes qui existent entre certains secteurs constituent le principal obstacle à l’élimination de l’écart salarial. À son avis, les femmes demeurent surreprésentées dans les secteurs où la rémunération est faible et les domaines où les rôles traditionnels des sexes perdurent, notamment les soins de santé, l’éducation et l’hôtellerie. Pour leur part, les hommes sont surreprésentés dans des domaines mieux rémunérés, comme la construction, la foresterie et l’exploitation minière.

«Toutefois, même après rajustement en fonction du secteur dans lequel elles travaillent, les femmes occupent en général des postes de niveau moins élevé que leurs homologues masculins, précise M. Fong. Le secteur de l’hébergement et de la restauration est un bon exemple : en 2015, 60 % des chefs et des cuisiniers étaient des hommes, tandis que près des trois quarts des préposés à un comptoir de service alimentaire, des aides de cuisine et des employés de soutien connexe étaient des femmes.»

FAVORISER LA REPRÉSENTATION DES FEMMES DANS LES STGM

M. Fong fait remarquer que les bachelières reçoivent 0,90 $ pour chaque dollar gagné par les hommes, comparativement à 0,75 $ pour les femmes qui n’ont pas de baccalauréat. S’il a bon espoir que l’écart continuera de s’amenuiser à mesure que nous progresserons vers l’économie du savoir, M. Fong estime aussi qu’il faut en faire davantage pour encourager les femmes à faire carrière dans les domaines à prédominance masculine et axés sur les sciences, les technologies, le génie et les mathématiques (STGM). Mais l’élément le plus important est peut-être le rôle que peuvent jouer les dirigeants d’entreprise dans l’élimination de l’écart salarial. M. Fong fait valoir que la création de conseils d’administration plus équitables est tout aussi susceptible de mener à des changements concrets et durables que l’imposition d’un décret gouvernemental visant tous les travailleurs.

«La haute direction de l’organisation doit donner le ton en prêchant par l’exemple, et l’ensemble de l’organisation lui emboîtera le pas.» L’équité au sein même du conseil d’administration a aussi des avantages en amont. «L’entreprise jette les bases de meilleures pratiques pour l’avenir en ouvrant une voie qui permettra aux leaders féminins de demain d’accéder au conseil», conclut M. Fong.

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Avertissement

Les vues et opinions exprimées par l’auteure dans le présent article ne représentent pas nécessairement celles de Comptables professionnels agréés du Canada (CPA Canada).

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