Biztown : Camp d’immersion professionnelle pour les jeunes Jamaïcains

Allison Peart, CPA canadienne installée en Jamaïque, nous parle du programme de littératie financière qu’elle a lancé pour les enfants de l’île. Selon elle, l’idée pourrait aussi plaire aux jeunes Canadiens.

Jamaïcaine de naissance, Allison Peart a grandi à Toronto. Elle s’est forgé une réputation d’experte en fiscalité internationale au sein d’EY à Toronto et à New York. En 2002, elle a accepté d’aller vivre aux Antilles pour une mission de trois ans. Elle n’en est plus jamais repartie. Aujourd’hui, Mme Peart est la directrice nationale du cabinet en Jamaïque. Souhaitant s’investir davantage dans la société jamaïcaine et accroître les compétences financières des jeunes Jamaïcains, elle a lancé, en 2014, un programme de littératie financière à Kingston. JA Biztown est une communauté d’apprentissage par l’expérience financée par Junior Achievement (Jeunes Entreprises au Québec), une organisation qui aide les jeunes à acquérir des connaissances en littératie financière, à se préparer au marché du travail et à développer leurs compétences en entrepreneuriat et en gestion d’entreprise. Le programme, qui s’adressait à l’origine aux jeunes Kingstoniens de 5e année du primaire, devrait être bientôt offert dans d’autres régions du pays. CPA Canada s’est entretenue récemment avec Mme Peart dans les bureaux d’EY à Kingston.

Comment vous est venue l’idée de ce programme?

Quand je suis arrivée en Jamaïque, j’ai eu besoin de rencontrer des gens. J’avais quitté le pays si jeune que je n’avais plus aucun contact avec mes amis du secondaire. Je voulais aussi faire quelque chose pour la collectivité, mais je ne savais pas par où commencer. Il y a beaucoup à faire dans un pays comme la Jamaïque. Je me suis donc inscrite au club Rotary, dont je suis finalement devenue présidente. J’ai été la première femme présidente! À ce titre, je devais diriger un projet important. C’est comme ça que j’ai choisi le programme JA Biztown, qui n’était alors offert qu’aux États-Unis. Le programme, qui s’adresse aux élèves de 5e année du primaire, compte 20 ateliers sur la littératie financière, la préparation au marché du travail et la gestion d’entreprise. Les enfants postulent des emplois et travaillent dans une ville fictive.

Quelle leçon importante souhaitez-vous enseigner aux enfants?

Il est important de résister à la satisfaction immédiate. À JA Biztown, les enfants sont exposés à de nombreuses sources de distraction. Ils peuvent utiliser leur argent pour s’offrir un massage ou une gourmandise, ou bien ils peuvent le mettre de côté. Je trouve que nous n’économisons pas assez. Nous ne disons pas à nos enfants que les chèques sont voués à disparaître, combien nous gagnons, comment établir et gérer un budget, comment gagner de l’argent ou comment économiser davantage pour planifier sa retraite ou faire des dons de bienfaisance. Je souhaite simplement qu’ils développent des connaissances fondamentales en littératie financière, qu’ils sachent comment on dirige une entreprise et qu’ils apprennent à gérer leur argent.

Vous avez depuis délégué la gestion du programme à Junior Achievement. Retournez-vous parfois à JA Biztown?

Je vais à JA Biztown au moins deux fois par an. En général, je fais un tour dans les bureaux d’EY et dans diverses boutiques comme celle de JPS (Jamaica Public Service), notre entreprise de services publics. Je constate régulièrement que les enfants qui gèrent la boutique JPS n’ont pas payé toutes leurs factures à temps, et ils comprennent bien les conséquences de cet oubli. Je me rappelle une fois où le directeur financier du fournisseur, accompagné de gardes de sécurité, est venu confisquer tous les téléphones. Il nous a dit : «Je vous rendrai les téléphones quand vous m’aurez payé.» C’était un moment cocasse, mais aussi une belle leçon de vie. Les enfants qui gèrent les bureaux d’EY à JA Biztown, quant à eux, me demandent souvent comment sont gérés les vrais bureaux d’EY. C’est une excellente façon de préparer nos enfants à la vie active.

Les enfants qui participent à JA Biztown sont très motivés, mais comment savoir si vous avez accompli votre mission à la fin du programme?

C’est un apprentissage à long terme. Les responsables de Junior Achievement font des études; ils suivent les jeunes. Nous avons constaté, dans toutes les régions des États-Unis où le programme est offert, que les activités entrepreneuriales sont fréquentes après le secondaire. On commence vraiment à voir les bienfaits du programme quand les jeunes terminent leurs études secondaires ou universitaires et commencent à travailler.

Le Canada pourrait-il s’inspirer de l’expérience JA Biztown en Jamaïque?

Absolument. Je pense que toutes les villes du Canada ont besoin d’un tel programme. En 2014, nous étions les premiers au monde, en dehors des États-Unis, à offrir un JA Biztown. Quand j’ai fait mes recherches, cependant, j’ai découvert que Vancouver avait aussi un programme de Junior Achievement, Finance Park, destiné aux élèves du secondaire. Je pense qu’un JA Biztown ferait des merveilles en matière de littératie financière au Canada, surtout pour les enfants de nouveaux immigrants, qui ne savent pas, bien souvent, comment l’économie et les entreprises fonctionnent. Il ne faut pas forcément maîtriser l’anglais pour participer à JA Biztown. Vu la diversité culturelle au Canada, le programme pourrait profiter aux jeunes Canadiens de tous les horizons. Enfin, si CPA Canada devenait partenaire et réussissait à convaincre des entreprises d’y participer, croyez-moi, je serais là pour donner un coup de main.

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Avez-vous déjà participé à un programme de littératie financière pour enfants? Faites-nous part de votre expérience ci-dessous.

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CPA Canada

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