On vit une époque formidable – surtout si l’on a un comptable

Partout, chefs d’entreprise et dirigeants politiques vivent une «époque formidable». Mais de ces turbulences naissent des défis passionnants en matière de leadership. Qui sont, pour les comptables, autant d’occasions de briller.

Oui, nous vivons assurément une époque «formidable». Il est évident, de nos jours, que les institutions, tant privées que publiques, n’ont guère les faveurs de l’opinion, ce qui engendre des politiques de plus en plus nationalistes et protectionnistes. Et notre société numérique et mondialisée, qui a ouvert des portes à de nombreux entrepreneurs novateurs, a fait s’écrouler bon nombre des piliers de notre économie traditionnelle.

Mais de ces turbulences naissent des défis passionnants en matière de leadership, et je pense que c’est là où les comptables de ce monde peuvent briller. C’est avec fierté que je siège au conseil d’administration de l’International Federation of Accountants (IFAC) comme représentant du Canada et, dernièrement, la fédération a publié un rapport en anglais intitulé Build Trust, Inspire Confidence: The Global Accountancy Profession’s Call for Action by G20 Countries. L’IFAC y traite de l’occasion unique que présente ce contexte en mutation, à savoir renforcer et inspirer la confiance, et qui ne peut être saisie que si les leaders des administrations publiques, des affaires et du milieu des professions libérales collaborent pour que tous puissent profiter des fruits de la nouvelle économie.

Essentiellement, le rapport de l’IFAC formule deux recommandations : 1) développer une gouvernance plus solide (pour susciter la confiance dans les entreprises et dans l’État; et 2) créer un environnement économique efficace, cohérent et transparent (propice à la croissance, à la confiance et à la stabilité).

Parfait, mais comment pouvons-nous y parvenir?

Rehausser les normes de gouvernance dans tous les secteurs de l’économie

L’IFAC a repéré cinq éléments qui contribueraient fortement à rehausser les normes de gouvernance dans le monde entier :

  1. Collaborer à la lutte anticorruption et favoriser les bonnes conduites. En créant à l’international des mécanismes officiels d’échange entre les autorités de réglementation, les responsables des politiques et le secteur privé, on se dote d’armes plus efficaces dans la lutte contre les activités frauduleuses ou la corruption.
  2. Favoriser les investissements ciblés dans des infrastructures technologiques sécurisées au sein des pays du G20. Ainsi, les entreprises, les États et les citoyens pourront évoluer dans un environnement numérique sécurisé et fiable.
  3. Adopter l’information intégrée dans l’ensemble des pays du G20. L’information intégrée constitue une occasion de privilégier la création de valeur à long terme et d’améliorer le système de conformité, qui est très fragmenté et complexe à l’heure actuelle.
  4. Adopter une approche uniforme et détaillée pour définir et exiger une gouvernance de qualité élevée au sein des organisations publiques et privées du G20. Il s’agirait notamment de respecter les principes de gouvernance d’entreprise définis par les pays du G20 et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
  5. Améliorer la gestion financière dans le secteur public par l’utilisation d’une information fondée sur la comptabilité d’exercice prescrite par les Normes comptables internationales du secteur public (IPSAS) pour toutes les entités du secteur public.

Favoriser une transparence accrue et une plus grande cohérence réglementaire

Le deuxième volet des défis à relever, à savoir favoriser une transparence et une cohérence accrues à l’échelle mondiale, est tout aussi nécessaire pour renforcer la confiance. Dans son rapport, l’IFAC a déterminé cinq façons d’y parvenir :

  1. Stimuler le secteur des petites et moyennes entreprises (PME). Les PME forment la locomotive de la croissance économique et de l’innovation à l’échelle mondiale; elles doivent être écoutées et prises en compte à chaque étape de l’élaboration des politiques des pays du G20.
  2. Collaborer à l’élaboration d’un régime fiscal international cohérent. Il faut renouveler nos efforts visant à instaurer les mesures de lutte contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert des bénéfices (projet «BEPS» – de l’anglais base erosion and profit shifting) élaborées par l’OCDE, et mettre en place un mécanisme international de résolution des différends fiscaux doté des ressources adéquates.
  3. Rendre la réglementation plus simple et plus efficace dans l’ensemble des pays du G20. L’IFAC a mené un sondage auprès de hauts dirigeants et d’experts de partout dans le monde, qui ont énoncé les principes clés d’une réglementation efficace : des objectifs clairs visant l’intérêt public, une approche proportionnée et équilibrée, et une évaluation fondée sur les données probantes. Il faut systématiser ces principes à l’échelle mondiale.
  4. Créer un contexte réglementaire mondial qui soit uniforme et transparent. Une fois que l’on a défini les principes, il faut en assurer l’application. L’IFAC a demandé au Conseil de stabilité financière (CSF) de mettre en place un mécanisme plus officiel pour permettre un dialogue transfrontalier continu et systématique entre les autorités de réglementation nationales de manière à améliorer l’uniformité et la transparence.
  5. Mettre en œuvre des normes acceptées à l’échelle internationale. Notre économie mondiale et notre système financier mondial reposent sur la confiance; l’adoption de normes mondiales, comme les Normes internationales d’information financière (IFRS), permettra de renforcer cette confiance.

De nos jours, on a souvent l’impression que le monde est en roue libre et qu’il souffre d’un manque criant de leadership. Mais les comptables prouvent depuis des siècles qu’ils possèdent la capacité unique de mettre de l’ordre dans le chaos et de trouver une logique dans un monde qui peut en sembler dépourvu.

Tirons profit de cette force pour rétablir la confiance dans l’économie mondiale.

Poursuivons la conversation

Que pensez-vous des recommandations de l’IFAC? Publiez vos commentaires ci-dessous.

À propos de l’auteur

Joy Thomas, MBA, FCPA, FCMA, C. Dir.

Joy Thomas est présidente et chef de la direction de CPA Canada et membre du Comité directeur national sur la littératie financière. Par ailleurs, Mme Thomas siège au conseil d’administration de l’International Federation of Accountants (IFAC) et préside la Global Accounting Alliance.

Autres événements susceptibles de vous intéresser :