Le problème de l’inégalité des revenus au Canada : Un dilemme urbain

Un nouveau rapport publié par CPA Canada met en évidence le problème croissant de l’inégalité des revenus au Canada, en particulier dans les plus grandes villes du pays. Tout n’est pas négatif, heureusement.

L’inégalité des revenus est l’une des réalités les plus affligeantes avec lesquelles notre société doit composer et suscite de nombreuses controverses. Elle reflète essentiellement la répartition des richesses au pays et, au Canada comme dans de nombreux pays occidentaux, elle est en croissance depuis les dernières décennies. Aux États-Unis, la plus grande économie mondiale, la part du revenu national des Américains les plus riches (la tranche supérieure de 1 %) a doublé depuis 1980, passant de 10 % à 20 %, tandis que la part du revenu de la tranche supérieure de 0,01 % des Américains les plus riches, a quadruplé, passant de 1 % à près de 5 %. En bref : les riches s’enrichissent, tandis que ceux qui ont des revenus faibles à moyens font du surplace dans les meilleurs des cas.

Pourquoi est-ce important? Si nous devenons tous plus riches, et c’est le cas pour la plupart d’entre nous si on compare notre situation actuelle avec celle des dernières décennies, le fait que certains s’en tirent relativement mieux que d’autres ne devrait pas avoir d’importance. Pourtant, de nombreux économistes et sociologues sont d’avis que l’égalité des revenus revêt de l’importance dans nos économies, en particulier pour créer des collectivités prospères, sûres et unies.

Francis Fong, économiste en chef de CPA Canada, est l’auteur d’un rapport récent sur l’inégalité des revenus au Canada, dont les résultats ne sont pas encourageants, en particulier pour les habitants des plus grandes villes du pays. Selon le rapport de M. Fong, à Calgary, l’augmentation de l’inégalité des revenus après impôt est 4 fois plus élevée que la moyenne nationale depuis 1982, tandis qu’à Vancouver et Toronto, les hausses ont été respectivement de 2,5 et 3 fois plus élevées.

«La demande pour vivre en ville est actuellement très élevée, indique M. Fong. Et c’est pour cet aspect que le virage le plus profond dans l’économie canadienne est le plus apparent. Nous avons perdu des centaines de milliers d’emplois dans le secteur manufacturier depuis le début des années 2000 et nous ne les récupérerons jamais.» Au fur et à mesure que ces emplois disparaissent et sont remplacés par des emplois moins rémunérés dans le secteur des services, l’économie du savoir se concentre dans les grandes agglomérations du Canada, rendant l’inégalité des revenus encore plus aiguë. «Ces emplois requièrent un niveau de scolarité élevé et représentent des tâches qui ne sont pas remplaçables, observe M. Fong.»

Mais que peut-on (et que doit-on) faire pour réduire l’inégalité des revenus? Selon M. Fong, il faut de toute évidence se donner des outils plus efficaces pour régler les problèmes avec lesquels les villes du Canada sont aux prises. La difficulté réside dans le fait que les municipalités ne peuvent régler elles-mêmes certains des problèmes fondamentaux, de sorte que les provinces et le gouvernement fédéral doivent intervenir par la mise en place d’un ensemble de mesures fiscales et de nouvelles stratégies de logement, qu’ils conjuguent avec la notion un peu vague de «croissance inclusive» afin d’apporter davantage d’équité au paysage urbain du pays. Soulignons que la décennie au cours de laquelle le fossé entre les revenus s’est le plus creusé est celle des années 1990, pendant laquelle les gouvernements ont partout resserré les cordons de leurs bourses (et, au cours de laquelle, le gouvernement fédéral, s’est entièrement retiré du secteur du logement abordable).

Outre l’intervention de l’État, la mobilité dans l’échelle des revenus est l’un des facteurs les plus importants pour déterminer s’il est possible d’aplanir les inégalités, plus précisément la mesure dans laquelle le fossé entre le revenu d’une personne par rapport à la moyenne nationale est transmis à ses enfants. Pour cet aspect, le Canada tire relativement bien son épingle du jeu : parmi les 13 pays évalués dans le cadre d’un récent rapport de l’OCDE, le Canada s’est classé juste derrière le Danemark, la Norvège et la Finlande en ce qui a trait au coefficient d’élasticité intergénérationnelle du revenu, et loin devant les économies fondées sur les classes que sont les États-Unis et le Royaume-Uni.

Pour M. Fong, la mobilité dans l’échelle des revenus du Canada est un signe encourageant pour l’avenir. «Un certain degré d’inégalité est nécessaire dans une société, indique-t-il. Nous avons tous besoin de motivation pour travailler davantage, investir, entreprendre des études supérieures, nous perfectionner et faire mieux. Cependant, si peu importe nos efforts, notre revenu est exactement le même que celui de notre voisin, nous n’avons pratiquement pas de motivation pour redoubler d’efforts, ce qui n’est pas bon pour l’économie. Nous avons en fait beaucoup de chance de vivre dans un pays comme le Canada.»

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CPA Canada