Équilibre coûts-avantages : le temps est-il venu de reconsidérer les responsabilités de l’auditeur concernant les fraudes?

En matière de responsabilités de l’auditeur concernant les fraudes, nombreux sont ceux qui constatent un écart important entre les obligations de l’auditeur et les attentes des parties prenantes.

En matière de responsabilités de l’auditeur concernant les fraudes, nombreux sont ceux qui constatent un écart important entre les obligations de l’auditeur et les attentes des parties prenantes. Dans une publication récente portant principalement sur l’identification des risques de fraude par l’auditeur et sur sa réponse à ces risques, ainsi que sur sa prise en compte des textes légaux et réglementaires, le Financial Reporting Council (FRC) du Royaume-Uni (R.-U.) jette un éclairage sur ce sujet.

Le FRC a visité les six plus grands cabinets du Royaume-Uni afin d’examiner leurs méthodes d’audit, ainsi que les indications et la formation qu’ils fournissent à leur personnel en matière de risque de fraude et de prise en compte des textes légaux et réglementaires. Le FRC a indiqué ce qui suit : « Nos constatations et recommandations ciblent certains secteurs particuliers dans lesquels les auditeurs devraient revoir et améliorer leurs façons de faire afin de mieux s’acquitter de leurs responsabilités professionnelles ». La section « Aperçu et messages principaux » de la publication du FRC identifie en effet des secteurs dans lesquels certains des audits qu’il a examinés ne semblaient pas entièrement conformes aux normes d’audit actuelles. Toutefois, selon moi, on pourrait soutenir qu’un certain nombre d’autres recommandations formulées par le FRC excèdent les exigences des normes actuelles concernant la fraude. Voici quelques exemples de telles recommandations :

  1. L’auditeur devrait faire appel à des juricomptables lors des entretiens relatifs à la fraude et lors de l’application de techniques d’audit assistées par ordinateur (TAAO) aux fins des tests sur les écritures de journal.
  2. L’auditeur devrait utiliser des TAAO dans tous les audits aux fins des tests sur les écritures de journal.
  3. L’auditeur devrait exiger la réalisation d’un document contenant les conclusions définitives de la mission dans lequel seraient résumés les résultats de toutes les procédures d’audit mises en œuvre, et dégagée une conclusion générale.
  4. Lors de l’évaluation des facteurs de risque de fraude, l’auditeur devrait examiner les motifs susceptibles d’inciter la direction à manipuler d’autres informations communiquées dans le rapport annuel, en dehors des états financiers, pour atteindre des cibles de rémunération.

Selon les normes d’audit actuelles, l’auditeur est tenu de concevoir et de mettre en œuvre des procédures visant à vérifier le caractère approprié des écritures de journal enregistrées dans les livres comptables de l’entité afin de répondre au risque de manipulation des documents comptables. Cette vérification fait l’objet d’une attention particulière de la part des inspecteurs des audits. Je crois comprendre qu’en fait, au cours des dernières années, de nombreux cabinets d’audit ont amélioré leurs travaux à cet égard. Les auditeurs reconnaissent que même s’il s’agit là d’une notion relativement simple, il peut se révéler complexe et long de l’appliquer de manière efficace. La publication du FRC comprend un certain nombre de recommandations particulières visant l’amélioration de cette tâche. Mais même si des écritures de journal inappropriées peuvent révéler des risques de fraude, s’agit-il vraiment d’un élément auquel l’auditeur doit accorder une attention marquée? Certains se demandent si l’on commettrait une fraude d’importance de cette manière de nos jours, en particulier du fait que la direction sait que les auditeurs sont expressément tenus de vérifier les écritures de journal.

La question se pose de savoir si l’application des recommandations du FRC permettra davantage aux auditeurs de détecter les anomalies significatives potentielles résultant de fraudes et, de ce fait, d’améliorer la qualité de l’audit. Ce qui est certain, selon moi, c’est que leur application aurait pour effet d’accroître les coûts de l’audit. Cela peut être approprié s’il est dans l’intérêt public que les auditeurs assument davantage de responsabilités en matière de détection de la fraude, et si les parties prenantes sont disposées à payer pour cela. À mon avis, la question à laquelle il faut répondre est la suivante : « Quel est le “niveau” approprié de responsabilités de l’auditeur concernant la fraude?»

Le postulat de base actuel dans les Normes canadiennes d’audit (NCA) est d’aider l’auditeur à identifier et à évaluer les risques d’anomalies significatives résultant de fraudes et à concevoir des procédures permettant de détecter de telles anomalies. Ce postulat présuppose qu’il existe un risque inévitable que certaines anomalies significatives ne soient pas détectées dans les états financiers, même si l’audit a été correctement planifié et réalisé conformément aux NCA. En particulier, le risque de non-détection d’une anomalie significative résultant d’une fraude est plus élevé que celui de non-détection d’une anomalie significative résultant d’une erreur.

Mais peut-être l’auditeur devrait-il être tenu d’aller plus loin, par exemple en utilisant des techniques de juricomptabilité pour déceler la fraude ou en examinant le rapport de gestion sous l’angle de la détection de la fraude. Peut-être est-il temps, dans l’intérêt public, de rouvrir la discussion avec les parties prenantes quant aux responsabilités appropriées de l’auditeur concernant la fraude. Il faut de toute évidence atteindre un juste équilibre coûts-avantages en cette matière. Il serait malheureux que les inspecteurs des audits brisent involontairement l’équilibre actuel et créent des attentes irréalistes chez les parties prenantes.

Poursuivons la conversation… Estimez-vous que les normes actuelles sont appropriées concernant la fraude? Les attentes de la société se sont-elles accrues à cet égard?

Je vous invite à publier vos commentaires ci-dessous ou à m’écrire directement.

Eric

Conversations sur la qualité de l’audit se veut un forum d’échange concernant les faits et problèmes nouveaux survenant à l’international en matière de qualité de l’audit et leur incidence au Canada.

À propos de l’auteur

Eric Turner, CPA, CA

Directeur, Normes d’audit et de certification, CPA Canada

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