Établir le profil d’un fraudeur : lorsque les gestes en disent plus long que les mots

Une fois passés le choc et la colère, alors que les juricomptables conduisent l’enquête a posteriori avec leurs clients, certaines caractéristiques communes peuvent être dégagées chez les employés malhonnêtes.

Salut à vous, chers confrères bas bruns! Il me semble approprié de prendre un moment pour saluer nos nombreux collègues qui, le 1er mai 2013 (ou le 16 avril 2013 pour nos camarades du Sud), ont célébré la fin d’une autre trépidante période des impôts! Alors que vous sortez de vos cocons (bureaux), nous espérons que vous saurez profiter du temps clément propice à votre métamorphose.

Les Maple Leafs de Toronto tirant de l’arrière 3 à 1 au premier tour des séries éliminatoires de la LNH, les loyaux partisans ont démontré tant de ferveur que l’équipe de Toronto a su forcer la tenue d’un septième match contre les Bruins de Boston.  Hélas, la stupéfiante troisième période d’hier soir et la défaite en prolongation qui s’en est suivie ont anéanti mes espoirs – ainsi que ceux de tous les partisans des Maple Leafs de Toronto. Aux partisans déçus je dis : meilleure chance la prochaine fois!

La dégringolade des Maple Leafs après une avance de 4 à 1 et la découverte d’une fraude commise par un collègue semblent avoir un point en commun : elles provoquent la stupéfaction.

Sans entrer dans la psychologie de la fraude — ce qui sort de mes compétences en juricomptabilité —, lorsqu’il est question de fraude, le choc semble prendre sa source dans notre tendance à nous confier à nos collègues comme s’il s’agissait de membres de notre famille. Nous laissons entrer nos collègues dans notre «cercle de confiance». Tôt ou tard, le choc se transforme en colère lorsque nous nous rendons compte que notre confiance a été trahie.

Une fois passés le choc et la colère, alors que les juricomptables conduisent l’enquête a posteriori avec leurs clients, certaines caractéristiques communes peuvent être dégagées chez les employés malhonnêtes.

Les fraudeurs sont souvent des employés chevronnés et haut placés au sein de l’organisation, mais je me souviens d’un cas où une préposée aux comptes fournisseurs avait créé une facture fictive de 300 000 $ et demandé son règlement au deuxième jour de son embauche, le premier ayant été consacré à sa formation! Au moment où l’organisation a découvert le pot aux roses, l’employée avait apparemment pris le large avec le fruit de son crime!

En dépit du stress lié au travail, les fraudeurs ont tendance à ne pas prendre de vacances afin d’éviter que leur astuce soit découverte. Une fois où j’ai eu à enquêter sur une fraude liée à la paie, le fraudeur avait «désactivé» les employés fantômes qu’il avait créés, afin d’éviter la détection du stratagème qu’il avait monté tout seul sur une période de deux ans pour détourner un total de 750 000 $. Aujourd’hui, bon nombre d’organisations ont mis en place une politique de vacances obligatoires et de rotation de postes pour aider à atténuer ce risque.

Les fraudeurs oublient souvent de prévoir une source en apparence légitime pour expliquer leur soudaine fortune. Ainsi, faire le tour du bureau avec une liasse de billets de banque, comme l’a fait un expert en sinistres, n’est peut-être pas l’idée du siècle; il s’avère que cet expert recevait des pots-de-vin de plusieurs des fournisseurs de son employeur (une compagnie d’assurance), notamment des ateliers de carrosserie et des agences de location de voitures.

Lorsqu’on gratte un peu et qu’on regarde au-delà de la cupidité et des difficultés financières personnelles auxquelles font face bon nombre de fraudeurs, on trouve souvent des personnes qui sont hostiles devant les demandes d’informations de leurs collègues, même si ces demandes sont liées à leurs rôles et responsabilités. Elles n’ont pas d’explication raisonnable pour leur manque de collaboration, ce que les organisations et les dirigeants devraient sans délai considérer comme un signal d’alarme.

Ces personnes ont également tendance à faire la vie dure aux auditeurs internes et externes. Elles demandent pourquoi certaines informations sont requises et fournissent d’autres informations en espérant que celles-ci feront l’affaire.  

Lors d’entrevues menées avec des témoins, j’ai entendu dire à maintes reprises que les fraudeurs semblaient insatisfaits de leur rémunération ou mécontents qu’une promotion leur soit passée sous le nez. Mais plutôt que par leurs mots, ce sont par leurs gestes qu’ils exprimaient ce mécontentement. Par exemple, il arrivait rarement, sinon jamais, que de tels employés sortent pour manger ou prendre un café avec leurs collègues ou participent à des activités sociales après les heures de travail. Ils avaient toujours une bonne excuse ou une explication plus ou moins convaincante pour leur absence.

Ces fraudeurs considèrent souvent que leur employeur a fait une erreur qu’il leur incombe de corriger en s’octroyant eux-mêmes des «promotions» par l’entremise d’augmentations de salaire ou d’heures supplémentaires non autorisées (ou autres astuces), «dans le meilleur intérêt de l’organisation».

La fraude n’a de limite que la créativité du fraudeur. Par conséquent, quelle que soit la solidité des contrôles internes de l’organisation, les fraudeurs sont toujours à l’affût de façons de contourner ces contrôles sans se faire démasquer.

Sachant que de tels gestes ou comportements sont de possibles indicateurs d’activités frauduleuses, nous devrions être plus vigilants pour augmenter la probabilité que ce genre de stratagèmes soient détectés avant qu’ils sèment le chaos dans nos organisations!

À la prochaine, et permettez-moi de conclure en ces termes : Chers Maple Leafs, je partage votre douleur et demeure optimiste pour l’année prochaine!

Edward

À propos de l’auteur

Edward Nagel, CPA, CA•IFA, CBV

Forensic accountant

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