Des CPA font bonne garde au Canada et dans le monde entier

À l’instar du légendaire comptable George Edwards, la lieutenante-colonelle (lcol) Eleanor Haevens perpétue la tradition des CPA qui ont laissé leur marque en servant au sein de l’armée canadienne ou à ses côtés.

Source : Affaires publiques de l’Armée canadienne

Vous êtes-vous déjà demandé par quel processus vous parvenait votre chèque de paie? Ces rouages complexes contribuent à faire tourner l’économie, mais on les tient souvent pour acquis. Pour les soldats canadiens en poste au pays et à l’étranger, le mouvement de l’argent et des fournitures peut faire la différence entre le succès et l’échec d’une mission ou entre la vie et la mort. Cette responsabilité et cette vocation constituent le quotidien de la lieutenante-colonelle (lcol) Eleanor Haevens.

UN OBJECTIF ÉLEVÉ

Commandante des services techniques du Groupe de soutien de la 3e Division du Canada Edmonton des Forces armées canadiennes, Eleanor Haevens a obtenu son diplôme du Collège militaire royal du Canada en 1999 et son titre de CGA en 2005. Elle a toujours voulu être comptable, mais elle aspirait aussi à adjoindre à sa formation financière un objectif élevé. Peu après avoir obtenu son diplôme, Mme Haevens a mis cette formation à bon usage en Bosnie, où elle a été envoyée en septembre 2002 pour une période de six mois.

«Pendant cette mission, j’étais ce qu’on appelle un agent comptable, se rappelle Mme Haevens, maintenant âgée de 40 ans. Je m’occupais de la paie et des avantages sociaux des soldats, ainsi que du paiement des fournisseurs.» La guerre ayant paralysé le système bancaire, les forces de l’ONU devaient aller en Croatie et en Allemagne pour obtenir des fonds. Si tout théâtre d’opérations présente un danger inhérent, il est encore plus risqué de travailler dans un pays où l’argent fait la loi. Comme il était plus facile et plus sûr de faire affaire avec une banque locale, les Forces canadiennes ont entrepris, avec le soutien de l’OTAN, d’aider à restaurer le système bancaire bosniaque, explique Mme Haevens. «C’est une réalisation de grande envergure dont nous sommes très fiers.»

LES CORDONS DE LA BOURSE

En 2005, Mme Haevens a été envoyée à Kandahar, où la mission était axée sur «la défense, la diplomatie et le développement», résume-t-elle. Tout en assumant des fonctions financières, elle travaillait surtout avec l’armée nationale afghane et les forces de police locales à reconstruire les postes de police, à acquérir du matériel et des véhicules, et à offrir un soutien logistique.

L’expérience afghane n’a pas été sans difficultés. «Au départ, il n’était même pas certain que je puisse aller faire ce travail, puisque j’étais une femme, mentionne-t-elle. À notre arrivée, les fournisseurs pensaient traiter avec des hommes. Mais dès que nous avons précisé que c’était moi qui, pour ainsi dire, tenais les cordons de la bourse et prenais les décisions, nous n’avons guère eu de problèmes.»

LE MINUTIEUX M. EDWARDS

Mme Haevens poursuit sur la lancée de collègues comptables qui ont servi dans les forces armées, dont George Edwards (1861-1947), un pionnier de la profession. Il fut président de l’Institut des comptables agréés de l’Ontario et de la Dominion Association of Chartered Accountants, et président fondateur de la Society of Cost Accountants of Canada (devenue ensuite la Société des comptables en management du Canada). On peut affirmer sans exagérer que son insistance à définir des compétences comptables reconnues à l’échelle nationale a jeté les bases de l’organisme connu aujourd’hui sous le nom de CPA Canada.

L’apport le plus important de George Edwards à l’État canadien eut sans doute lieu pendant la Grande Guerre, lorsqu’il assuma le poste crucial de contrôleur-vérificateur de la Commission impériale des munitions (CIM). Supervisée par le minutieux M. Edwards, la CIM fut établie par le premier ministre Robert Borden après que des scandales eurent ébranlé son prédécesseur.

L’ampleur de ses activités était phénoménale : à la fin de la guerre, la CIM assurait la production quotidienne de matériel d’une valeur de deux millions de dollars, dont des navires et des avions, et près du tiers des obus d’artillerie britanniques. Des systèmes servant à retracer l’acheminement des stocks, ainsi que l’instauration de l’audit en continu par M. Edwards, favorisèrent la confiance dans l’exactitude, la rapidité et la valeur de la production de la CIM. George Edwards laissa de nombreux legs durables, dont l’amélioration des systèmes comptables en vue de maintenir la stabilité financière. Aussi reçut-il le titre rarement décerné de Commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique (CBE).

POUR LA PROFESSION ET LA PATRIE

Aujourd’hui, Eleanor Haevens repart à l’étranger avec sa petite famille, cette fois pour travailler avec le contrôleur des finances du Commandement de la force interarmées de l’OTAN aux Pays-Bas. Elle contribuera à l’établissement du budget et au décaissement des fonds des missions de l’OTAN. Elle se dit ravie de «retrouver mon côté comptable», mais s’attend à retourner prochainement sur le terrain. Quoi qu’il en soit, sa formation de CPA lui a donné les outils du succès : «Je crois que notre capacité d’aller sur place nous imprégner de la situation nous permet de rapporter, au quartier général ou ailleurs au Canada, le bagage qu’il faut pour bien comprendre ce qui se passe sur le terrain et pour être en mesure de contribuer.»

George Edwards a laissé l’exemple d’un engagement envers la profession et la patrie qui demeure bien vivant au XXIe siècle. Pour sa part, Eleanor Haevens est consciente que son rôle, aussi secondaire soit-il, reste essentiel dans les efforts militaires du Canada. «Nous aidons à former les commandants à prendre des décisions en matière d’argent et à comprendre que ces décisions influent sur la vie des personnes et peuvent avoir un effet multiplicateur.»

 

Parallèlement au 150e anniversaire de la Confédération, nous publierons d’autres articles qui dépeignent les personnages et les événements au cœur de la riche histoire de CPA Canada. Des lectures à ne pas manquer!

À propos de l’auteur

Matt O'Grady

Matt O’Grady est l’ancien rédacteur en chef de BC Business. Il recueille des témoignages et prépare des articles de fond sur l’histoire de CPA Canada et de ses organisations d’origine.