S’adapter ou mourir

Conversation avec Julien Smith, auteur, entrepreneur et conférencier d’honneur du Congrès UNIS 2018.

Vendeur de vêtements, créateur de balados, fondateur et chef de la direction de Breather, une entreprise de location de locaux employant 250 personnes… un parcours professionnel protéiforme qui vaut à Julien Smith de connaître le sens du mot adaptation. En attendant l’allocution qu’il prononcera en septembre à Halifax, lors du Congrès UNIS, CPA Canada s’est entretenue avec lui pour savoir comment s’adapter dans un monde en perpétuelle évolution.

Comment une entreprise, à la structure habituellement assez rigide, peut-elle cultiver l’adaptabilité? 
Quand une entreprise se développe et prend de l’âge, grosso modo après son premier anniversaire, elle doit par définition s’adapter, ou la mort la guette. Après trois ans, l’entreprise en est à mettre en place des processus, et, ce faisant, elle est essentiellement toujours en train de faire un choix : la simplification, qui est une forme d’efficience, ou l’adaptation, qui en est une autre quand l’avenir est incertain. Lorsque mon entreprise avait un an, nous réagissions aux besoins au jour le jour, quels qu’ils soient. C’était le comble de l’adaptabilité. Aujourd’hui, notre intervalle de gestion a changé : nous fonctionnons par trimestre. 

Mais il est bien plus facile pour une jeune pousse de faire preuve d’adaptabilité que pour GE ou IBM, qui doivent composer avec des centaines de milliers d’employés.
Je pense qu’une grande entreprise doit être en mesure de prédire les changements systémiques qui auront des répercussions sur ses activités. Prenons l’infonuagique. Au départ, les entreprises, dont IBM, ne s’y intéressaient guère. Aujourd’hui, elles ont fait volte-face et ont adopté en bloc cette nouvelle technologie, car c’est celle de l’avenir. Le truc, c’est de réussir à trouver ce qui mérite d’être perturbé dans notre entreprise. Il faut ensuite s’emparer du marché naissant qui s’y rattache avant que quelqu’un d’autre le fasse. 

Dans vos allocutions, vous prononcez l’injonction : « Déployez votre force de frappe ou vous serez anéanti. » Mais lorsqu’on est un professionnel ayant à composer avec les règles de la vie au bureau, comment développer cette capacité à « frapper »?
Au sein d’une entreprise, on trouve plusieurs catégories d’employés. Il y a les bons petits soldats, qui abattent du travail en avançant tête baissée, les fauteurs de troubles (qui ont d’ailleurs très souvent les meilleures intentions du monde) et des personnes qui, elles, se disent : « Arrêtons-nous un instant et examinons la façon de faire de cette autre entreprise. » Et elles provoquent une réaction dans la culture organisationnelle. Dans une petite entreprise, cette attitude crée une force de frappe décisive qui est cent fois, mille fois plus puissante que dans une grande entreprise, où le changement de culture doit venir de la direction. 

Vous avez étudié dans un temple au Japon, et le concept initial pour Breather était de créer une entreprise de studios de méditation. Quelle influence la culture zen a-t-elle sur le fonctionnement de votre entreprise?
Pour créer notre entreprise, nous sommes partis du postulat fondamental selon lequel l’espace est une ressource rare. Nos corps et nos cerveaux ont besoin d’espace, et cet espace doit stimuler notre productivité, être utile et facilement accessible. Cette rareté peut s’observer partout. Les espaces privilégiés disparaissent : trouver un endroit calme est devenu impossible. D’où cette culture des cafés que nous avons collectivement inventée pour essayer de combler ce manque. Dans les bureaux, la mode est aux espaces à aire ouverte. Fini le silence des bureaux individuels. On doit donc se rabattre sur des casques antibruit à 400 $ pour avoir un peu de calme et réussir à travailler. 

Parlant d’adaptabilité, vous avez débuté comme vendeur chez Eaton, à Montréal, il y a une vingtaine d’années. Pourquoi avez-vous décidé de quitter votre vie de salarié pour le monde de l’entrepreneuriat? 
Je ne me serais pas défini comme entrepreneur à l’époque. Je trouvais simplement difficile de travailler pour quelqu’un d’autre, alors, j’ai progressivement mis sur pied mes propres projets. Être un entrepreneur, et connaître parfois l’échec, parfois la réussite, c’est essentiellement avoir la faculté de s’adapter face à la mort. La mort de votre entreprise. Ou peut-être celle de vos économies, ce qui demande de s’adapter à l’endettement. Quand on fonde une entreprise, on peut avoir raison ou tort, mais c’est un des meilleurs moyens d’essayer de développer sa capacité fondamentale de s’adapter à la réalité. 

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Avertissement

Les opinions et les points de vue exprimés dans cet article sont ceux de la personne interviewée et ne représentent pas nécessairement ceux de CPA Canada.